LIVRE V, CHAPITRE V
fier (i) a vu des traces de la disparition de Chrysé, engloutie depuis si long-temps, après être devenue célèbre par les malheurs de Philoctète (2). Les plus anciens peuples navigateurs, les Phéniciens, abordèrent en Samothrace. Us y portèrent leurs cabires, divinités difformes, que nous verrons paraître dans les mystères, et dont le nom remonte jusqu'à la mythologie indienne (3). Us semblent avoir fait un long séjour dans cette île. Il est même probable que pendant quelque temps la langue phénicienne y fut seule en usage (4). D'autres colonies, composées de Phrygiens, y enseignèrent l'art de travailler les métaux (5), et Diodore parle de 1 etonnement que leurs dactyles causèrent aux habitants par leurs enchantements et leurs connaissances supérieures (6). Ces dactyles adoraient les élé-
(1) Voy. de Choiseul-Gouffier.
(2) Pausan. Arcad. 53.
(3) Le mot cabire signiûe en indien un philosophe &ccompli. Polier. Mythol. des Indous, II, 3 12.
(4) Muwter, Erklârung einer griechischen Inschrift welcheaufder saraothracishen Mythologie Beziehunghat.
(5) Clém. Alex. Strom. I.
(6) Voy. aussi le Scholiaste d'Apollonius. Argon, 1, 1129.
ments; ils rendaient hommage au ciel et à la terre. Comme les prêtres font entrer dans la religion tout ce qu'ils savent, ce sacerdoce combina sa science métallique avec l'astronomie. Les danses qu'il célébrait tout armé retraçaient à la fois l'empire de l'homme sur le fer qu'il avait rendu docile, et le mouvement des sphères célestes (1).
Chaque expédition guerrière des Grecs établissait des rapports entre eux et les peuples soumis aux prêtres. Dès le temps du siège de Troie, ils rencontrèrent des Phrygiens, auxquels Homère prête les moeurs grecques , mais qui étaient manifestement une nation sacer-
(1) Nous pourrions dire, sur l'île de Crète et sur celle de Rhodes, sur les curetés dans la première et sur les telchines dans la seconde, les mêmes choses que sur Lemnos, Samothrace et les dactyles. On retrouve chez les uns les fêtes bruyantes, les danses frénétiques; chez les autres, travailleurs en métaux , sorciers et fabricans des premiers simulacres (Strabon, XIV. Diod. V, 55), l'adoration de la terre et les sacrifices humains. (Sainte- Croix, 73. Creutz. II, 378.) Diodore (liv. V, 55) et Strabon (XIV) parlent d'une famille d'Héliades ou enfants du soleil qui se fixèrent à Rhodes , et Pasiphaé en Crète est fille du soleil ; le labyrinthe rappelle l'Egypte ; et le Minotaure, par sa naissance et par sa figure monstrueuse, nous éloigne de Grèce et nous rapproche de l'Orient.