‹ De la religionChapitre 194 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE V

plus que nous prenons trop à la lettre cette brillante mythologie, puisque nous aurons indiqué, dès à présent, de quels éléments elle était composée, à quelles doctrines philosophiques, métaphysiques, ou cosmogoniques, elle faisait allusion, et par quel travail le génie de la Grèce l'avait refondue et complètement nationalisée.

Rappelons d'abord à nos lecteurs une observation déjà indiquée dans notre premier livre.

Les Grecs admettaient dans leurs hypothèses sur la création du monde des récits peu différents des cosmogonies sacerdotales, parce que ces récits, confus et lointains, ne les intéressaient au fond que médiocrement. La force physique et le caractère moral des dieux, les relations de ces dieux avec les hommes, leur action habituelle sur la destinée de leurs adorateurs, tels étaient, tels devaient être pour le sentiment religieux qui s'agitait dans son ignorance inquiète, les objets constants d'une attention suivie et d'une active curiosité. Les Grecs voulaient que les dieux leur ressens blassent, parce qu'ils voulaient avoir à toutes les heures des moyens de négocier avec eux. Mais que ces êtres surnaturels et la race humaine qui leur rendait hommage dussent leur

existence au Chaos, à la Nuit, à la Terre, an hasard même; que, pour donner le premier signal des générations successives, ils ne fussent pas encore soumis à des lois fixes et régulières; qu'unissant en eux la double force créatrice ou le principe actif et passif, ils pussent se reproduire indépendamment de l'union des sexes, par des opérations mystérieuses et souvent obscènes, ou par d'étranges mutilations, tout cela n'était pour un peuple enfant d'aucune importance : et les Grecs ne mirent aucune opposition à ce que les traditions étrangères leur apportassent toutes ces notions symboliques et sacerdotales. La Terre vierge enfante donc seule, suivant Hésiode (i), et sans la coopération d'un époux, la Mer, les Montagnes et le Ciel. Le Ciel produit le Temps ou Saturne, et Saturne porte sur la force génératrice de son père une main sacrilège. Jusqu'ici l'empreinte de l'Orient n'est pas à méconnaître , et le génie grec ne se donne aucune peine pour modifier ces absurdités cosmogoniques. Il sent qu'à l'avenir il n'aura rien à

(i) Théog. ia6-i3a.

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