LIVRE V, CHAPITRE V
démêler avec elles, et pour n'en être pas entravé , il les relègue dans une sphère à part. Le Ciel, la Terre, l'Océan, leur race toute entière de monstres fabuleux , de Cyclopes , de Centimanes et de Gorgones, la Chimère, Hécate , Échidna, mère du Sphinx, ne sont l'objet d'aucun culte national. Les poètes y font allusion de temps à autre dans leurs descriptions , les philosophes dans leurs systèmes. Du reste, ces grandes ombres demeurent comme immobiles dans l'enceinte ténébreuse qui leur est tracée (i). Elles n'en
(i) Cette observation répond, ce nous semble, à une remarque de M. Creutzer, et résout la difficulté qu'il se propose. « On a peine », dit-il, « à concilier certaines fables bizarres et parfois monstrueuses avec la simplicité, non moins claire que pure, de l'épopée homérique : le caractère de ces fables est précisément ce qui. domine dans la plupart des mythes orientaux. L'imagination n'y connaît pas de frein. Elles s'abandonne en liberté aux fictions les plus extraordinaires, aux plus merveilleuses combinaisons. » ( L'auteur aurait pu se servir d'une autre épithète que celle de merveilleuse. Il y a d'ailleurs inexactitude à présenter ces fictions comme l'œuvre de l'imagination en liberté. Elles sont , au contraire , le résultat de l'asservissement de l'imagination condamnée à se nourrir des symboles artificiels et des conceptions
sortent jamais pour se confondre avec les divinités agissantes, invoquées dans les temples par le peuple, présidant aux fêtes publiques, objets des prières et des sacrifices. C'est sur ces dernières que l'esprit grec s'exerce, et nous allons voir quelle est son action , en examinant ces divinités Tune après l'autre.
Minerve, dans le polythéisme homérique , n'est pas précisément, comme on l'a souvent dit, la déesse de la sagesse et de la prudence. La définir ainsi serait en faire une divinité allégorique; or l'époque de l'allégorie n'est pas arrivée. Minerve est orgueilleuse , irritable , entraînée par mille passions humaines ,
mystiques des prêtres. ) « Toutes les fois que la mythologie des Grecs s'attachait plus au sens religieux ou philosophique qu'à la beauté des formes, elle enfantait des monstres semblables. » ( C'est-à-dire toutes les fois qu'elle adoptait l'esprit sacerdotal au lieu de le repousser.) « Aux incarnations du Wichnou indien, on peut opposer les mythes orphiques, surtout ceux qui se rapportent à la cosmogonie; les symboles philosophiques de l'ancien Phérécyde, tout-à-fait dans le goût de l'Orient; enfin chez Hésiode lui-même, dans la Théogonie, cette grande et terrible fiction du vieux Uranus, privé du pouvoir d'engendrer parla main de Cronus, son fils. » (Trad. franc. I, p. ^g.)