LIVRE V, CHAPITRE V. 3c)l
a-t-il entre cette Minerve belliqueuse et la fable qui raconte qu'elle inventa la flûte, mais jeta loin d'elle cet instrument perfide qui défigurait la noblesse de ses traits? C'est que la flûte avait été inventée par les Phéniciens, et que la musique et la danse sont les attributs ordinaires des divinités sacerdotales, comme exprimant l'harmonie des sphères (1). Enfin, pourquoi cette déesse, revêtue d'ailleurs de toute la beauté idéale qui caractérisait les dieux de la Grèce, porte-t-elle sur son égide la terrible tête de Méduse? C'est que la Pallas libyenne avait paru pour la première fois en Libye sur le lac Triton \ 2), et que les vêtements des jeunes filles de cette contrée avaient une ressemblance éloignée avec les serpents de la Gorgone (3) ; ou peut-être ( car ici les traditions se perdent l'une dans l'autre), peutêtre était-ce l'urne du Nil, surmontée d'une
(ij Katser, ad Philitae fragm. p. 55. Bôttiger, ùber die Erûnd. der Flôte. im attisch. Mus. I, 2 , 334 et seq.
(2) Heyne, ad Apollod. p. 297. De là, pour Minerve, le surnom de Tritogeneïa.
(3)HÉKonoT. IV, 189.
3cp DE LA RELIGION,
tète d'homme et entourée de serpents, symbole muet en Egypte, mais devenu pour les Grecs l'objet d'un récit poétique et détaillé (i). Ainsi la Minerve grecque est originairement un composé de notions incohérentes, puisées dans diverses mythologies et rassemblées de pays lointains. De cette réunion résulte néanmoins une divinité parfaitement conforme à l'esprit du polythéisme de la Grèce , une divinité élégante, passionnée, majestueuse, qui descend sur la terre , se mêle aux actions des hommes, persécute où protège les héros. L'intelligence d'Onga . qui , dans là langue sacerdotale, n'avait aucun rapport avec la destinée des mortels, et ne signifiait que lé débrouillement du chaos, s'applique, en Grèce, aux intérêts actifs, aux luttes journalières. Le tissu mystique, qui, sous les doigts de la Neith d'Egypte, représente le monde, n'est plus que l'emblème de l'industrie des femmes: la tête de Méduse, qui rappelle les attributs effrayants des divinités sacerdotales, devient le monument de la vic-
i) Le combat de Persée contre la Gorgone.