LIVRE V, CHAPITRE V
une puissance cosmogonique , car elle est la mère d'Éros, qui, dans les théogonies, est toujours prise pour la force créatrice (1). Chez les Scythes , c'est une déesse féroce, avide du sang des hommes , et d'une forme terrible. Telle elle avait d'abord apparu aux Spartiates, puisqu'à sa vue ils étaient tombés dans un effroi voisin du délire. En Colchide, elle est si peu grecque qu'elle défend la Toison d'or contre les Argonautes. Ses chiens aux dents terribles, au poil hérissé, aux yeux menaçants, gardent les sept portes de l'enceinte qui renferme ce précieux trésor, et sa voix commande à des monstres dont les formes rappellent les fictions de l'Inde (2). A
de conférer des bienfaits , l'autre celle de les recevoir, la troisième celle de les rendre. ( Aristot. ad Nicomach. V, 8. Plutarch. Philosop. esse cum princip. c. 3. Senec de Benef.I, 3.)
(1) Cicer. de Nat. Deor. III, i3.
(2) Voy. dans Orphée (Argon. 868) et dans Apollonius (Argonautic. III, 386 et suiv.) les taureaux qui vomissent des flammes , les dents de dragon qui deviennent des guerriers , fable assez analogue à celle des cheveux de Schiven ou de Badrakali, devenant des monstres , les géants à six mains, etc. (Orph. ibid. 5i5. Apollon. I, 993.)
4o4 DE LA RELIGION,
Éphèse(i),la seule inspection de sa figure trahit l'empreinte sacerdotale. Combien elle
(i) Nous ne parlons pas de son plus ancien simulacre, qui se trouve encore sur quelques médailles. C'est un tronc presque brut , tombé du ciel, avec une tête et des pieds, et que Pline nous dit avoir été de bois d'ébène (Hist. nat. XVI, 79), ce qui en ferait une déesse nègre, peut-être égyptienne. Mais on lui éleva dans la suite une statue d'or (Xénoph. Anab. V, 3-5), et cette dernière statue mérite une analyse un peu détaillée. Elle est enchaînée (Hérodot, I, 26 ; jElian, V) ; et nous montrerons dans le livre sixième que cette pratique appartient aux prêtres, qui en donnaient des explications tantôt grossières et tantôt subtiles. Par ses vêtements couverts d'hiéroglyphes , elle ressemble à une momie. (Gronov. Thés. Antiq. Graec. VII, 36o. Mus. Pio Clément., I, 3a.) Elle a, comme Cybèle et comme la Dandima des Indiens, une couronne de tours. Elle a aussi sur quelques médailles le modius de Sérapis sur la tête. Les nombreuses mamelles qui couvrent sa poitrine sont presque toutes des mamelles d'animaux. Elles sont surmontées d'une demi-lune, ou d'un croissant. On voit sur la partie inférieure de sa poitrine, des têtes de lions, de taureaux, de cerfs, des abeilles, une écre visse, des têtes de panthères avec des cornes et des ailes , des têtes de tigres avec le sein d'une femme, des monstres fabuleux, des griffons, des dragons, des sphinx. Il n'y a presque aucun de ces symboles qui ne tienne à quelque allégorie, à quelque hypothèse scientifique , empruntée d'un culte sacerdotal. La signification astronomique du lion, du taureau, de