LIVRE V, CHAPITRE V
est un tout autre dieu. Il ne préside ni aux sciences, ni à l'écriture, ni à la médecine, ni à l'astronomie. Il n'a point composé les divins ouvrages qui en renferment les éléments.
« et par conséquent avec Homère, me semble inconci- « liable avec le vingt-quatrième livre de l'Odyssée, où « Hermès conduit aux enfers les âmes des prétendants. » Ceci tient au tort que nous avons eu de publier cet ouvrage par volumes. Lorsque celui qui traite de la mythologie homérique aura paru, l'on verra que nous ne regardons comme vraiment homérique que la mythologie de l'Iliade, qui est très-différente de celle de l'Odyssée. Cette dernière porte l'empreinte d'une civilisation bien plus avancée, le onzième livre excepté, lequel, soit dit en passant, contraste d'une manière frappante avec le vingt-quatrième. L'Odyssée et l'Iliade sont indubitablement de deux auteurs et de deux époques. De plus, le vingt-quatrième livre de l'Odyssée est manifestement, dans plus d'une de ses parties, une interpolation encore postérieure, qui n'appartient point au corps du poëme. Il contient, sur la constitution politique d'Ithaque, sur l'autorité limitée des rois, sur Itr pouvoir des assemblées du peuple, des détails peu compatibles avec l'état social que l'Odyssée raconte, et bien plus inconciliable avec celui des Grecs de l'Iliade. Aussi le célèbre Aristarque le regardait comme supposé. Hermès, qui y est appelé le conducteur des ombres, n'occupe aucune place dans le onzième livre , destiné spécialement à la description de l'empire des morts. Proba-
/jlO DE LA RELIGION,
Interprète des dieux en Egypte, il n'est en Grèce que leur messager. C'est à ce titre qu'il conserve les ailes qui étaient ailleurs un symbole astronomiqne (i). Si, en mémoire des directions données par les prêtres d'Ammonium aux caravanes qui traversaient les déserts, il est le protecteur du commerce, les
blement la fable qui le chargeait de cette fonction avait, comme Diodore l'atteste (I, 2, 36 ), été empruntée des Égyptiens, et ce fragment de mythologie égyptienne, exclu du premier polythéisme grec, s'y était introduit durant l'intervalle qui avait séparé le onzième livre de l'Odyssée du vingt-quatrième : nous le retrouvons dans tous les poètes postérieurs, depuis Sophocle (Ajax, 83i-832) jusqu'à Virgile (Énéid. IV, 242-244). Nous consacrerons plusieurs pages à l'examen de l'authenticité des épopées homériques. Cette question est de la plus haute importance , non-seulement comme problème littéraire, mais parce que de sa décision dépend tout le système qu'il faut adopter sur la marche du genre humain, depuis sa sortie de l'état sauvage; c'est en quelque sorte l'histoire entière de notre espèce sur laquelle nous sommes appelés à prononcer.
(1) La béquille de Saturne nous explique les ailes de Mercure : Saturne a une béquille, parce qu'il lui faut trente ans pour achever sa révolution ; Mercure a des ailes, parce que quatre-vingt-sept jours suffisent à la sienne.