LIVRE V, CHAPITREV. /|fC
Nous serons plus concis encore sur ce qui concerne Bacchus. Le culte de ce dieu est certainementcTofigine indienne ; mais pour parvenir jusqu'en Grèce, il traversa d'autres contrées, la haute Asie, la Phénicie, l'Egypte et la Thrace , et, dans sa marche, ses fables se modifièrent et s'amplifièrent. Il est impossible de nier son identité avec Osiris (i). Il est impossible également de ne pas reconnaître en lui le Schiven de l'Inde et le Lingam, son symbole (2). La manière dont son culte arriva
(1) La naissance de Bacchus, tiré vivant du sein de Sémélé, consumée par la foudre, et sa transplantation bizarre dans la cuisse de Jupiter, portent le caractère fantastique de l'imagination orientale. Quand il échappe des flancs de sa mère, un lierre sort d'une colonne pour le couvrir de sou ombre (Schol. Eurip. Phénic. ); et le lierre est en Egypte la plante d'Osiris (Plut, de Iside), et le cercueil du dieu égyptien est ombragé par un érica (Plut. ib. ), qui sort de terre subitement et qui l'enveloppe. Bacchus et Osiris flottent également sur l'onde dans une caisse. Ils ont l'un et l'autre une tête de taureau. De là le Bacchus Bougenès dont parle Plutarque.
(2) Si nous voulions nous jeter dans les étymologies, nous ferions ressortir la ressemblance du nom de Dyonisos avec Dionichi, surnom de Schiven. (Lakglès, Recherches asiatiques, éd. franc. I, p. 278.) TJn des
chez les Grecs, probablement par plusieurs migrations successives, à travers des pays très-éloignés, sera toujours une énigme insoluble, au moins quant aux dates de ces migrations et aux faits partiels qui les accompagnèrent (i). Les fables dont il est le hé-
symboles de Bacchus est un triangle équilatéral ; c'est aussi celui de Schiven. Les deux cultes ont les mêmes obscénités, les mêmes emblèmes de la puissance génératrice. ( As. Res. VIII, 5o. ) Schiven est représenté comme prenant la forme d'un lion dans la grande bataille des dieux. Il saisit le monstre, qu'il combat avec ses dents et ses griffes, tandis que Dourga le perce de sa lance. Le même exploit est attribué à Bacchus, sous la même forme, contre le géant Rhcecus.
Rhœcum retorsisti leonis Ungnibns terribilique malâ.
(i) On trouve dans l'Anti-Symbolique de Voss, ouvrage dirigé contre la Symbolique de Creutzer, et dont l'auteur, qui a certainement raison sur la question générale, comme on le verra, à la fin de ce volume, n'a pas toujours évité, en reprochant à son adversaire ses subtilités excessives, de tomber lui-même dans l'excès contraire, et de ne voir que le côté matériel des mythologies ; on trouve, disons -nous, dans cette Anti- Symbolique ( p. 65-67 ) une excellente histoire de l'introduction et des progrès du culte de Bacchus en Grèce, depuis la vingtième jusqu'à la soixantième