LIVRE V, CHAPITRE V
entretiennent de ces traditions est sombre et mystérieux, et trahit une origine sacerdotale. Le philosophe Euripide et le railleur Ovide, qui s'exprime avec tant de légèreté sur les autres légendes, semblent, en décrivant la mort de Penthe'e, partager la joie sanguinaire, l'ironie féroce et le fanatisme des bacchantes. On dirait que le génie sacerdotal avait dompté les poètes incrédules, et qu'après dix siècles la frénésie des orgies antiques transportait leurs sens et troublait leur raison.
Du temps d'Homère, ces récits lugubres étaient inconnus ou dédaignés; car il ne parle de Bacchus qu'une seule fois, à l'occasion de la victoire qu'il remporta sur Lycurgue (i);
moins des détails sur l'opposition que rencontra le culte de Bacchus, dans l'Argolide , dans la Béotie, et dans l'Attique. (Tome I, p. 193-211.) Il paraît clair que la lutte à laquelle cette opposition donna lieu a suggéré à Sainte-Croix l'idée de ses guerres religieuses. Il a généralisé des faits partiels , appliqué à la Grèce entière ce qui n'était vrai que pour l'Argolide, et fini par la plus palpable de toutes les erreurs, celle de proclamer vainqueurs des étrangers souvent repoussés, et tolérés tout au plus avec aversion et défiance.
(1) II. VI, i3o; Odyss. XXIV, 74.
1)2l[ DE LA RELIGION,
et les scholiastes s'étonnent de ce que le poète, après avoir ainsi placé Bacchus parmi les divinités, ne lui fait néanmoins prendre aucune part aux intérêts qui les divisent. C'est que le génie grec renonça bientôt à modifier cette conception trop hétérogène ; mais il s'en dédommagea sur les compagnons et les satellites de Bacchus.
Silène, que nous verrons plus tard être l'un des chefs de la démonologie sacerdotale, Silène, intermédiaire entre les dieux et les mortels, fils de la terre encore vierge, et né sans la participation d'un homme (i), devient un vieillard ivre et bouffon, qui ne rappelle que des idées grotesques.
Le dieu Pan , qui fait retentir les forêts des sons de sa flûte, et qui marche à la suite de Bacchus, conduisant les chœurs des nymphes et des satyres, était en Egypte (2) l'un des
(1) CREUTZER, III, 2ï3.
(1) Hérodote, II, 16. Quelques savants ont prétendu que cette manière de concevoir Pan comme le grand tout n'appartenait pas à l'ancienne religion égyptienne , mais n'était qu'un raffinement postérieur des nouveaux pythagoriciens et platoniciens. (TiEnEMANW, Mém. sur le