LIVRE V, CHAPITRE V
huit dieux supérieurs, et même le premier de ces huit dieux. Il était le grand tout, le Démiourgos, le firmament. Trois villes lui étaient consacrées : Mendès, sur l'un des bras du Nil; Hermopolis, au centre de la contrée; Chemnis, dans laThébaïde. Tandis que les prêtres, dans leur doctrine secrète, s'en formaient ainsi une idée abstraite et métaphysique, le fétichisme du peuple le représentait avec des cornes et
dieu Pan , dans ceux de la société des Antiq. de Cassel , I, 65 , et Voss , Lettres Mythol. ) Mais Hérodote dit positivement que les Grecs et les Égyptiens avaient sur ce dieu des idées très-différentes, et que, tandis que les uns le regardaient comme le plus jeune de tous les dieux, les autres le plaçaient au premier rang de leurs huit grandes divinités. Pindare, qui, par ce qu'il dit de la métempsycose et de plusieurs autres dogmes, paraît avoir eu quelque connaissance des doctrines étrangères, nomme Pan, au rapport d'Aristippe, le danseur et le plus parfait des dieux, comme le savent, dit-il, les prêtres égyptiens : et l'on racontait que le dieu, par reconnaissance de ce que Pindare avait rappelé son ancienne dignité, lui avait dicté un poëme et avait dansé devant lui une de ses odes. (Pindir. Fragm. p. 5o, édit. de Heyne.) On pourrait aussi trouver de l'analogie entre le Pan des Grecs et lHanouman indien , le prince des singes, habile comme Pan dans l'art de la musique.
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des pieds de bouc (i). Mais l'allégorie combinait ces notions opposées en apparence. Ces pieds de bouc étaient l'emblème de la force prolifique (2) ; ses cornes, les rayons du soleil et de la lune ; son visage d'une couleur éclatante, le ciel enflammé; ses pieds velus et rudes, l'image de la terre, des forêts et des animaux qui les habitent (3). Saisi par la mythologie grecque, Pan garda tous ses attributs extérieurs , mais chacun d'eux prit une signification différente. Sa tête et ses pieds, loin d'exprimer une idée cosmogonique , en firent un dieu des bergers. Ses danses qui figuraient l'harmonie des sphères, furent celles des habitants des hameaux. Ses joues, brillantes d'une
(1) Hérodote, II, 4&-
(2) Les Arcadiens racontaient que ce dieu avait pris une fois la figure d'un bélier, et attiré ainsi dans un bois la lune, qu'il avait violée. C'est ici manifestement l'énergie fécondante jointe à une idée astronomique : mais l'allusion à l'astronomie et à la cosmogonie avait disparu; il n'était resté que la notion des désirs effrénés d'un dieu impudique.
(3) Schol. Théocr. I, 3. Serv. ad Virgil. Eclog. II , 3i ; X, 27. Sil. Ital. XIII, 33a. Macrob. Satura. I, 3.