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LIVRE V, CHAPITRE V. l

rougeur foncée, témoignèrent un état d'ivresse. Sa flûte, composée de sept roseaux qui faisaient allusion aux sept planètes, devint un chalumeau rustique. En un mot, il ne fut plus qu'un dieu secondaire, ou un demi-dieu (i). Ce n'est pas que les idées primitives ne se conservassent , mais elles se conservaient de manière à étonner par leurs contradictions ceux qui les remarquaient (2).

(i)En général, plusieurs divinités éminentes, dans les religions sacerdotales, descendirent en Grèce au rang des héros, ou de dieux très-inférieurs. Nous retrouverons la même métamorphose dans le polythéisme romain, relativement aux déités étrusques.

(2) Bien que les hymnes homériques et les hymnes orphiques renferment souvent les mêmes doctrines, il est à observer que cette conformité disparaît, quand il est question de ce dieu champêtre. L'hymne homérique le peint sous des traits rustiques qui ne s'élèvent guère au-dessus de la notion populaire. Pan, aux pieds de bouc, au front orné de cornes, aux cheveux bouclés, fils de Mercure et d'une nymphe, erre au hasard dans les épaisses forets de Pise, gravissant toutes les montagnes et la cime de tous le rochers : tantôt il se cache dans les buissons, tantôt se joue au bord des fontaines, ou doué d'une vue perçante atteint de ses flèches les animaux des bois. Revenant de la chasse, il renferme les agneaux dans les cavernes et dit sur sa, flûte des airs

« Le temple de Pan , » dit Pausanias , « est « en Arcadie. On raconte que ce dieu, le plus « puissant de tous, exauce les prières des hom- « mes et punit les méchants avec rigueur. Près « de sa statue brûle un feu sacré qui ne s'é- « teint jamais; et, à 01ympie,son autel s'élève « dans l'intérieur du temple de Jupiter (i).» Ce culte, cette opinion de la justice distributive

mélodieux. Les Oréades babillardes se rassemblent en chœur, et chantent ses louanges, dont les échos retentissent. Couvert d'une peau de lynx , il danse auprès d'une source lympide, sur une prairie émaillée de fleurs. A l'aspect de ce dieu au poil hérissé , sa nourrice avait pris la fuite. Mais son père, charmé de ses jeux bruyants, le porta dans l'Olympe, et sa vue réjouit les dieux immortels. L'hymne orphique lui prête des attributs bien plus mystérieux. C'est le Jupiter cornu, l'inspiré, le terrible dans sa colère , qui envoie aux humains des spectres effrayants : après s'être reposé dans les grottes obscures, il se repose parmi les étoiles qui brillent au ciel. S'il chante avec les nymphes, c'est l'harmonie du monde. C'est le dieu à nulle noms , le puissant, l'univers, le créateur et le régulateur de toutes choses, le dispensateur de la vie. Par lui la terre est sortie du néant : par lui l'Océan l'entoure, et l'air et le feu produisent les êtres, les éléments réunis lui obéissent, et la nature multiforme enfante les générations des hommes.

(i) Paus. Arcad. 37.

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