‹ De la religionChapitre 219 sur 248 · LIVRE V, CHAP1THF. V. ^3l · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAP1THF. V. ^3l

tour-à-tour la terre et le ciel, l'humide et le sec, le corps et l'ame, la matière inerte et l'intelligence vivifiante. Leur figure originaire est difforme. Ce sont des dieux nains et monstrueux (i). Sous ces traits, ils furent apportés en Samothrace. On les y appela les grands dieux, les dieux forts et puissants. Ils étaient tantôt hermaphrodites, et tantôt chacun d'un sexe différent^). Leur culte consistait en orgies assez semblables à celles de la Cybèle phrygienne. Une musique bruyante excitait leurs adorateurs à des danses sauvages. La mythologie grecque s'en étant emparée, les poètes examinèrent quels attributs pouvaient servir

leurs forces cosmogoniques; mais ces variations n'ont rien de commun avec le point de vue sous lequel nous les envisageons ici.

(i) Cambyse, au rapport d'Hérodote, ne put contempler sans rire ces divinités disporportionnées et diminutives (III, 37), images d'enfants, avec d'énormes ventres, une large bouche, de gros yeux et de grandes oreilles. On voyait encore du temps de Pausanias des statues pygmées d'airain au nombre de quatre, dont trois étaient nommées Dioscures , ce qui était un autre nom des Cabires. ( Pausan. Lacon, 14. )

(2) Varro. de Ling. latin.

à la transformation nécessaire. Les statues des Cabires étaient placées dans le port à Samothrace. Ils présidaient aux vents. On en fit des dieux favorables aux navigateurs et terribles aux pirates, (i). Ils paraissaient au haut des mâts sous la forme de flammes brillantes pour annoncer la fin des tempêtes (2). Ils exprimaient l'opposition entre la lumière et les ténèbres. Il fallut que l'un d'eux fût caché sous la terre, tandis que l'autre brillait dans le ciel. Ils étaient sortis de l'œuf cosmogonique (3) : les deux divinités nouvelles sortirent d'un œuf, fruit des amours de Jupiter et de Léda; pour les mieux nationaliser, on en fit des héros protecteurs de Sparte et surveillant les jeux olympiques (4). On les identifia par Hélène à la famille des Atrides. On

(1) Nigid. ap Schol. germ. in imag. gemin.

(2) Diod. IV, 43.

(3) Cet œuf cosmogonique se retrouve dans toutes les religions sacerdotales : la sphère divisée en deux, étant, par une analogie naturelle, dans toutes les religions, e symbole de l'univers.

(4) Pind. olymp. III, 63-C7.

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