LIVRE V, CHAPITRE Vil. /fij
dans le culte national la place que remplissaient, en Egypte, les fêtes de Sais, de Hiéropolis, de Memphis ou de Bubaste. Mais ici les yeux étaient souillés d'objets révoltants, les oreilles frappées de clameurs discordantes: et l'homme semblait, pour adorer les dieux, descendre du rang où l'a placé la nature; tandis qu'en Grèce, des jeux élégants, des concerts harmonieux, la noble lutte des talents rivaux, la noble alliance de tous les arts, l'élevaient pour ainsi dire au-dessus de la terre, et favorisaient à la fois, par une influence également heureuse, la beauté des formes et la sublimité des pensées.
Il est donc heureux, cent fois heureux pour la race humaine, que les Grecs (i) aient
(i) En mettant le peuple grec tout-à-fait à part, et en le distinguant de tous les autres peuples de l'antiquité, nous ne décidons rien sur son origine. Nous sommes convaincus, au contraire, qu'elle lui fut commune avec tous les autres. Nous en trouvons des preuves dans une foule de ses traditions et dans un grand nombi*e de ses usages, qui, contrastant avec ses habitudes journalières, avaient néanmoins conservé sur lui une sorte d'empire , et tantôt se mêlaient à ses institutions, malgré leur incompatibilité manifeste , tantôt se reproduisaient par-
suivi la marche que la nature leur avait tracée. Ils ont seuls conservé cette liberté de l'intelligence, qui permet à l'ame ses élans les plus sublimes, à l'esprit ses plus nobles développements. La victoire qu'ils ont remportée sur les corporations sacerdotales qui opprimaient le reste de la terre a été le signal des hautes destinées réservées à l'homme par l'être bienfaisant qui l'a créé. Nous devons aux Grecs la vie de la pensée et la force morale. Us nous ont transmis l'héritage de ces biens précieux (i). Gardons avec soin ce dépôt inesti-
tiellement , lorsque des circonstances extraordinaires ou effrayantes le reportaient vers les souvenirs d'une obscure antiquité. Mais nous n'avons point à rechercher l'origine des Grecs. Cette investigation, qui exigerait des volumes et n'aboutirait qu'à des vraisemblances , ne nous regarde point. La seule vérité qui nous importe, c'est que depuis l'époque où l'histoire nous fait connaître un peu distinctement les habitants de la Grèce, ils aient été séparés du reste des nations par des différences essentielles et fondamentales.
(i) Entourés que nous sommes d'argumentateurs sans bonne foi, qui trafiquent de leur conscience comme de leur plume, et qui, prêts à nous reprocher ce qu'ils nommeraient du fanatisme, si le délire de l'athéisme ressaisissait la France, le seraient également aujourd'hui à