‹ De la religionChapitre 237 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE VII. /fie · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VII. /fie

niable : l'ancienne Grèce a su le conquérir, que l'Europe moderne sache Je défendre.

nous accuser d'impiété, parce qu'une faction puissante ne reconnaît de religion que dans la soumission servile <>t les hommages rendus à son ambitieuse hypocrisie; nous sentons le besoin de nous appuyer des autorités les plus irréprochables, et les moins suspectes d'opinions irréligieuses, pour démontrer qu'avant nous , dans des travaux différents des nôtres, et par des routes très-opposées, tout ce qui, en Europe, a quelque connaissance de l'histoire, quelque valeur morale, quelque élévation dans l'esprit, quelque amour de la dignité humaine, a prononcé d'une voix unanime le jugement que nous exprimons ici. Laissons donc parler un écrivain célèbre, dont on ne peut noircir les intentions ni contester le mérite. « L'absence d'un sacerdoce tel que celui de l'Egypte et de « l'Orient a eu pour la Grèce des conséquences très-impor- ■ tantes», dit M. Heeren, l'un des savants tes plus recom mandables de l'Allemagne, occupant une place éminente dans le premier établissement littéraire de cette contrée, et, à ce titre, plutôt désireux de plaire au pouvoir que de l'attaquer. « Aucune classe ne s'étant arrogé le mono- <> pôle des sciences , et la direction des facultés intellec- « tuelles, ces biens précieux, les plus inestimables des •< biens, demeurèrent, en Grèce, la propriété commune. •< La religion n'imposa aucune entrave aux efforts libres et « infatigables de l'esprit investigateur. La science, en se " séparant des dogmes religieux, prit un caractère de « progression et d'indépendance, qui se transmit des «Grecs aux peuples de l'Occident , dont ils devinrent

Mais ne nous flattons point, malgré l'époque brillante de notre civilisation actuelle, que

« les instituteurs. Leurs nombreuses colonies répandi- « rent partout la lumière, et l'on rencontre, dans tous « les pays où pénétrèrent ces colonies » ( elles furent au nombre de quatre cents), « une tendance au perfec- « tionnement, une élégance, une élévation morale qu'on « ne saurait attribuer qu'à leur influence. Rome leur « dut sa civilisation. Les hordes qui morcelèrent l'empire « durent la leur aux Romains. La supériorité de l'Europe » sur les autres parties du globe, la supériorité des mo- » dernes sur les Barbares qui sont leurs aïeux, ont eu en « grande partie pour première cause l'absence du pou- « voir sacerdotal chez les Grecs. » (Heeren, Idées, III, première secf., des Grecs.)

Nous ajouterons que dans la pensée de M. Heeren, comme dans la nôtre, l'absence du pouvoir sacerdotal n'implique point l'absence de tout sacerdoce. Nous sommes loin de nous opposer à ce que des hommes, plus intimement pénétrés, occupés plus habituellement des vérités que le sentiment religieux révèle, se chargent spécialement de répandre ces vérités et de les rendre claires et fécondes. C'est le monopole qui nous paraît un fléau. Nous reconnaissons surtout dans le christianisme, qui ne consiste pas seulement en rites extérieurs, mais qui a sur les religions de l'antiquité cet avantage, qu'il établit entre Dieu et 1 homme des rapports de morale aussi bien que de culte, l'utilité d'un ministère d'amour et de paix. Si nous voulions prouver cette utilité par des exemples, nous les prendrions indistinctement, et dans la corn-

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