LIVRE V, CHAPITRE VII
ver. Seul, en rehaussant le prix de la vie, en l'entourant d'une atmosphère d'immortalité, il fait que cette vie elle-même peut être un objet de sacrifice. Elle est plus précieuse, parce qu'elle est notre moyen d'amélioration ; et cependant elle n'est pas tout. Nos pensées ne sont plus circonscrites dans sa sphère étroite ; et la persécution , l'injustice et la mort ne sont que des échelons qui nous rapprochent de la source de tout bien.
Nous l'avons déjà dit : la crise actuelle est la même que celle qui menaçait la nature humaine lors de l'établissement du christianisme. Mais une circonstance est plus favorable.
A cette époque, aucun point de ralliement ne s'offrait aux yeux de l'homme découragé. Tout était vague, confus, incertain; il cherchait une forme , et toutes les formes se dérobaient à lui comme des nuages.
Aujourd'hui nous sommes possesseurs du christianisme; et, de toutes les formes que le sentiment religieux peut revêtir, le christianisme est la plus satisfaisante à la fois et là plus pure. Tel que l'enseignait son divin auteur , il apaise toutes les douleurs de l'ame; il respecte toutes les libertés de l'intelligence r
en la délivrant néanmoins de l'angoisse du? doute; et depuis le palais jusqu'à la chaumière, dans sa sympathie ingénieuse et variée, il offre à tous les consolations dont tous ont besoin.
Inaltérable, et cependant flexible, il grave dans les cœurs les vérités essentielles, et il accueille les tributs des siècles et les perfectionnements qu'ils lui apportent. Et que les hommes religieux ne s'offensent point de ce que nous parlons des perfectionnements du christianisme. Dans sa doctrine morale , dans ses préceptes , dans toute la portion émanée de son auteur , le christianisme n'est pas perfectible , car il est parfait : mais dans ses formes , et surtout dans les opinions partielles que ses sectateurs ont adoptées , il peut y avoir lieu à perfectionnement.
L'expérience même le démontre. Les défenseurs les plus ardents du catholicisme, ceux dont la mission expresse semblerait être de maintenir ses dogmes dans toute leur rigueur, transigent à leur insu. Ils repoussent ces maximes dures et farouches , contre lesquelles réclamaient depuis long-temps, et notre raison