‹ De la religionChapitre 244 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE Vil

plus éclairée, et nos mœurs plus douces que celles de nos aïeux.

Ne lisons-nous pas dans un ouvrage récemment publié par un écrivain qui , chef de l'Université de France , représente pour ainsi dire légalement la religion de l'État , une réfutation énergique d'une doctrine que la presque universalité des catholiques croyait et croit encore imposée à sa docilité par l'Eglise romaine (i)? Sans doute les hommes versés dans

(i) «Pourquoi, dit M. Frayssinous dans ses Conférences, semble-t-on supposer , que, suivant la doctrine catholique , il y aura des hommes condamnés à des peines éternelles, précisément pour n'avoir pas connu une loi qu'il n'a pas été en leur pouvoir de connaître ? Cette supposition est chimérique... Nul ne sera condamné au tribunal de Dieu, précisément pour être né dans les forêts du Nouveau-Monde, ni précisément pour avoir ignoré les vertus chrétiennes. La naissance peut être un malheur : elle n'est pas un crime, et l'ignorance involontaire de la révélation n'est pas une faute punissable... Si l'infidèle n'a pas eu , s'il n'a pas pu avoir le moyen de s'éclairer , alors son ignorance est invincible, il est excusable de ne pas connaître... La révélation chrétienne est une loi positive , et il est de la nature d'une loi de n'être obligatoire que lorsqu'elle est publiée et connue. » Telle est la mar-

l'histoire du dogme savaient que le catholicisme, quelque sévère que l'aient trop souvent rendu ses ministres , n'a jamais prononcé formellement la condamnation des infidèles demeurés tels par le hasard de la naissance , une ignorance invincible , ou d'autres circon^stances indépendantes de leur volonté. Nous nous plaisons à le reconnaître , dans notre esprit de justice et dans notre désir d'une fraternité tolérante T la religion catholique ne calomnie pas la Providence,1 elle ne fait point peser un épouvantable anathème sur ce qu'elle ne peut qualifier que de malheur involontaire. C'est à tort qu'on a interprété de la sorte l'axiome trop fameux : Hors de l'Église point de salut; et la Sorbonne elle-même a restreint cet axiome , jusque dans les écrits qui témoi-

che rapide et inévitable des idées, que ce que M. Frayssinous établit comme un principe évident, paraissait à Luther une pensée imjîie. Zuingle l'ayant émise, en parlant des hommes vertueux de l'antiquité, Luther écrivit que Zuingle était devenu païen. N'est-il pas curieux devoir l'évêque catholique plus tolérant que le réformateurennemi- du pape? (V. Parv. . Conf. Luth. Hosp. p. 2, 167. };

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