CHAPITRE VI
De deux exceptions apparentes ou réelles.
Lj'histoire paraît présenter deux exceptions au principe que nous avons énoncé. Ces deux exceptions, dans deux climats différents et presque aux deux extrémités du globe, sont les Arabes et les Germains.
Les Germains, nous dit César (i ) , ne reconnaissent que des dieux visibles, le soleil, la lune, Vulcain. Voilà le culte des astres et des éléments clairement désigné. Cependant César ajoute que les Germains n'ont point de druides, qui président aux choses sacrées ; qu'ils ne construisent point de temples et n'offrent que trèsrarement des sacrifices. Ainsi ces peuples au-
(i) De bello Gallico, VI.
raient adoré les astres, et seraient restés indépendants de la puissance sacerdotale.
Mais le témoignage de César est contredit par celui de Tacite (i). Les Germains, au rapport de ce dernier, avaient des prêtres toutpuissants , et , par le ministère de ces prêtres , sacrifiaient, non-seulement des animaux, mais des hommes.
On a voulu concilier ces deux autorités imposantes , en supposant une migration forcée des druides gaulois dans la Germanie. Cette migration aurait eu lieu sous le règne de Tibère et sous celui de Claude , qui , en effet , poursuivirent les druides avec une rigueur implacable (2). Les prêtres fugitifs auraient porté dans leur nouvel asile les intentions de leur patrie ancienne , et cette révolution se serait opérée précisément durant l'intervalle qui sépare César de Tacite (3).
Mais cette hypothèse est renversée par plusieurs faits incontestables. L'influence sans bornes des prêtres de la Germanie remonte fort
(1) German. 2, 7, 9.
(2) Sustulit (Tiberius) druidas eorum.
(3) Fenbl. Acad. des Inscript, XXIV.