‹ De la religionChapitre 35 sur 248 · LIVRE III, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VIII

Mais le sacerdoce a tiré parti de ce penchant de l'homme, comme de tout ce qui est dans la nature; et pour en mieux profiter, il l'a combiné avec une notion également naturelle, celle de pureté et d'impureté.

Il y a des climats qui rendent certains aliments nuisibles, certaines maladies communes ou contagieuses. Les pays très-chauds obligent leurs habitants à des bains et des ablutions fréquentes. De là des abstinences ou des précautions indiquées par la nécessité et bientôt consacrées par l'habitude. Les prêtres trouvèrent dans ces précautions ou ces abstinences le germe d'une notion mystérieuse qu'ils étendirent et développèrent. Mille circonstances indifférentes, mille rencontres fortuites devinrent dans leur doctrine des causes d'impureté. Rien ne paraîtra plus simple, si l'on réfléchit à la multitude des cérémonies, d'expiations, de purifications que cette notion entraîne, et dans lesquelles l'intervention du sacerdoce fut toujours représentée comme indispensable.

Aussi les idées de souillure occupent-elles une place importante dans les religions soumises aux prêtres. On voit, dans les préten-

dus extraits d'Hermès, par Stobée (i), les éléments se plaindre d'être souillés. On connaît le respect qu'avaient pour eux les peuples de l'Occident et du Nord ; leur crainte de les profaner , en y jetant des choses immondes ; et l'opinion qui plaçait dans cette catégorie tout ce qui émanait de l'homme, son souffle, ses cheveux et sa dépouille mortelle.

Ce qui prouve que ces idées étaient devenues l'objet d'un calcul intéressé , c'est que l'arbitraire se glissa bientôt dans l'interdiction des aliments. Leur salubrité ou leur insalubrité cessèrent d'être en première ligne. La règle établie, on voulut l'expliquer par des motifs de ce genre : mais la plupart du temps ces motifs se sont trouvés faux (a).

Le sentiment religieux peut aussi avoir eu sa part à l'institution des castes. L'idée de la pureté est l'une de celles qu'il chérit le plus; et il a dû adopter avec avidité ce qui était raconté à cet égard, par des mortels privilégiés qui commandaient tour-à-tour le respect et la crainte.

(i)II,968-975.

(a) Meiners, Crit. Gesch. der Relig. I, 229~a5i.

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