LIVRE III, CHAPITRE V11I
Les notions de pureté et d'impureté une fois admises, il dut arriver que , parmi les professions nécessaires à la vie, plusieurs condamnèrent ceux qui s'y livraient à contracter diverses souillures. Ces professions s' exerçant assez naturellement de père en fils, il s'établit entre les classes une sorte de gradation. Il y en eut qui ne purent approcher des autres sans une purification préalable, et bientôt chacun mit son orgueil à n'être approché que par le plus petit nombre d'individus qu'il était possible, parce que tous ceux dont il évitait le contact lui paraissaient des créatures d'un ordre inférieur (i).
Le sacerdoce, placé au sommet de la hiérarchie sociale, encouragea ces notions, qui étaient d'autant plus favorables à ses vues,
( l ) Les idées d'impureté , consacrées chez les Hébreux, sans aucun rapport avec l'institution des castes, introduisirent néanmoins dans l'intérieur de certaines sectes juives quelque chose de pareil. Les Esséniens étaient divisés en quatre classes, séparées l'une de l'autre presque autant que les castes indiennes. Quand un membre de la caste supérieure était touché par un individu de l'une des trois autres , il se purifiait , comme s'il eût été souillé par l'attouchement d'un étranger.
qu'elles établissaient une distinction tout à la fois permanente, puisqu'elle était héréditaire; incontestable, puisqu'elle reposait sur la volonté des dieux; applicable à tous les instants, puisqu'elle prescrivait des formes qui devaient être observées dans les relations les plus habituelles. Ainsi, les prêtres égyptiens, non contents d'écarter les étrangers qui se nourrissaient d'aliments immondes , obligeaient quiconque se présentait devant eux à des ablutions réitérées (i).
De la sorte, des séparations que la nature et l'usage avaient introduites d'abord entre les diverses classes, mais que leur volonté et les progrès de la civilisation pouvaient renverser et auraient renversées, devinrent, par l'intermédiaire du sacerdoce, d'insurmontables barrières. Sous ce point de vue, l'institution des castes peut être regardée comme son ouvrage. Interprète de la loi divine, il appuya cette institution de son autorité. D'accidentelle et précaire qu'elle était, il la rendit inviolable
et sacrée. Il parqua l'espèce humaine, si l'on 11 i
'i) Porphyr. Schmidt de Sac. et Sacr. JEg- p- ^7.