LIVRK III, CHAPITRE VIII
ordres inférieurs les relations diffèrent (i). Les institutions d'une contrée exposée sans cesse à des invasions, et perpétuellement asservie par des étrangers, ont dû se ressentir de cette suite de bouleversements. Mais il n'en est pas moins constaté que les individus des diverses castes sont séparés par une barrière religieuse, et ne peuvent même dans les habitudes de la vie s'approcher les uns des autres qu'à une distance déterminée par la religion (2). Lorsque cette distance est franchie,
(1) Pyrard (I,a65) prétend qu'il n'y a que trois ordres. Anquetil ( p. i45 ) en compte cinq. Hamilton dit qu'il y en a huit (I, 3 10 ). Ces auteurs nient que les marchands forment un ordre à part. Dow , Sonnerat et Niebuhr l'affirment. Lacroze ( Christianisme des Indes , pag. 433-476) porte le nombre des castes à quatre-vingtdix-huit. Mais tous placent en tête le sacerdoce.
(2) Entre le Brame et le guerrier, le rapprochement est permis, mais l'attouchement est illicite : entre le cultivateur et le brame , la distance est de 36 pas : entre le guerrier et l'artisan , elle doit être de douze : entre le brame et l'artisan, elle est de 5o : entre celui-ci et léguer-; rier, de 3o, et l'artisan doit rester à 1 % pas du cultivateur. Voy. dans les Recherches asiatiques, tome V, l'extrait du livre intitulé Kerul-Oodputter, livre qui est en grande vénération parmi les habitants de la côte du Malabar.
le membre de la caste supérieure est déchu de son rang, et n'échappe à l'esclavage que par l'apostasie ou la fuite (i). Le même sort l'attend , si ses lèvres touchent à un mets préparé par un homme d'une caste inférieure (2). Les Bramines pauvres qui sont employés chez de riches Indiens, en qualité de secrétaires, croiraient se dégrader , en mangeant avec leurs maîtres (3).
Tel est chez ces peuples l'ascendant de ces notions sur la distinction des castes , qu'elles l'emportent dans leur esprit sur l'intérêt même de leur religion : car ils réduisent les Indiens devenus immondes à se réfugier dans le raahométisme, sous peine d'être vendus comme esclaves. Aussi l'auteur arabe qui nous a transmis ces détails attribue-t-il cette intolérance à la volonté de Dieu, qui, de la sorte, contraint ses propres ennemis à favoriser le
(l) Quand un Indien est chassé de sa caste, son père, sa mère, sa femme, tout le monde l'abandonne.
(a) Asiat. Res. Voy. 5 16.
(3) Niebuhr, Voy. II, 7. Il est même de la dignité des deux premiers ordres d'ignorer de quels aliments le reste de la nation se nourrit. M. Hamilton raconte