LIVRE II f, CHAPITRE II
des lois fixes, et, suivant les circonstances, choisissent ou reconnaissent des chefs dont l'autorité, bien que parfois contestée encore, commande l'obéissance et inspire le respect.
Cet état de l'espèce humaine, désigné généralement sous le nom de barbarie, est l'intermédiaire entre l'abrutissement que nous avons décrit dans les pages précédentes, et la civilisation à laquelle nous n'arriverons qtie beaucoup plus tard. A cette époque, les peuples sont immédiatement au-dessus de la vie sauvage, et immédiatement au-dessous de l'état policé. Une distance à peu près égale sépare le Samoyède ou l'Iroquois du Grec, contemporain de Thésée , et le Grec , contemporain de Thésée, du citoyen d'Athènes sous Périclès.
Sans doute, les caractères généraux des siècles barbares sont modifiés par des différences secondaires que déterminent les positions locales ou les événemens accidentels. Mais en quelque nombre et de quelque importance que puissent être les dissemblances de détail, l'époque, envisagée sous le rapport religieux, est soumise à une règle commune. Les notions que suggéraient au sauvage les conceptions rétrécies de l'égoïsme, ne suffisent plus à l'homme qui a
fait les premiers pas vers un état meilleure Bien que fort ignorant des lois de la nature physique, il a pourtant découvert une partie de son mécanisme : la religion doit se retirer de cette partie. Il a consolidé son empire sur la matière inanimée et sur la plupart des es-1pèces vivantes : il ne peut plus adorer uniquement des morceaux de bois, des animaux, des pierres. En même temps l'élan vague du sen* timent religieux qui poussait le sauvage même vers des notions plus sublimes et plus mystérieuses, demande maintenant, à plus forte raison, à les revêtir de formes plus fixes, à leur donner plus de consistance et, pour ainsi dire, plus de réalité ; et de la sorte, par un travail double, inaperçu de lui-même, l'homme qui marche vers la civilisation s'efforce à la fois de faire descendre jusqu'à lui ce qui est trop élevée et de relever ce qui est trop ignoble.
L'isolement dans lequel vivaient les fétiches cesse également d'être convenable aux dieux des peuplades rassemblées eh société. Les hommes réunis en corps ont besoin de se réunir dans leurs sentimens. Voir ces sentimens partagés leur est une jouissance. Ils mettent leurs dieux en commun ; et cette réunion des dieux