‹ De la religionChapitre 5 sur 248 · LIVRE III, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE II

s'opère nécessairement aussitôt que celle des hommes a lieu. La société humaine se formant , une société céleste se forme. Les objets de l'adoration composent un olympe, dès que les adorateurs composent un peuple.

Par une nécessité pareille, les dieux se divisent le pouvoir. Le fétiche , étant le dieu d'un homme isolé, avait à satisfaire à tous les besoins de son adorateur. Tous les fétiches avaient par conséquent les mêmes fonctions. Les dieux ont maintenant des fonctions distinctes.

Cette révolution est en quelque sorte le pendant de la division du travail , division qu'introduit parmi les hommes le développement de la société. Dans l'état sauvage, chacun pourvoit seul à tous ses besoins. Dans la société civilisée, chacun, se consacrant à une occupation circonscrite, pourvoit, dans cette partie, non-seulement à ses besoins, mais à ceux des autres. De même , dans le fétichisme , le fétiche se charge de tout pour un seul; tandis que, lorsque le polythéisme naissant succède au fétichisme, chaque dieu se charge d'une seule chose, mais pour tous.

Par la même raison , les dieux prennent alors des dénominations distinctives , tandis que les

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fétiches n'avaient point de noms particuliers. C'est au moment où, grâce à l'arrivée des colonies égyptiennes, les Grecs passèrent du fétichisme au polythéisme, qu'ils assignèrent à chacune de leurs divinités des appellations spéciales (i).

Ce n'est pas qu'à l'apparition de cette forme nouvelle, le fétichisme s'éclipse en entier. Nous avons déjà démontré qu'à des époques bien plus avancées, il est encore, sous divers déguisemens, une partie essentielle des notions religieuses. A plus forte raison doit-il subsister chez des peuples , chez plusieurs desquels les lumières très-imparfaites sont la propriété d'une classe intéressée au maintien de l'ignorance, et dont les autres, occupés de guerres et de pillages, concentrent dans les luttes et les agitations du monde visible leurs passions indomptées et leur intelligence naissante. Aussi retrouvons-nous des traces de fétichisme, et chez les Grecs des temps héroïques, sur lesquels le sacerdoce n'exerçait point d'influence ; et chez les Égyptiens, que leurs prêtres tenaient courbés sous un joue; de fer. Seulement ces -M-î- -• - L

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