LIVRE III, CHAPITRE VIII
Par une disposition singulière, l'homme cherche à se consoler de l'oppression , plutôt
de leur rigueur première. Mais il n'en est pas moins vrai que le principe religieux subsiste; que les livres sacrés des Indiens l'établissent et le recommandent ; qu'il est dit formellement dans plusieurs de ces livres que le meurtre d'un paria est une action permise. L'époque à laquelle ces meurtres avaient lieu impunément, est, à ce que prétend un écrivain qui voudrait justifier les Indiens de cette imputation, plus éloignée de leurs mœurs actuelles que nous ne le sommes des lois de saint Louis qui ordonnaient de brûler les lèvres et de percer la langue à tous ceux qui juraient ou blasphémaient. (Des Castes de l'Inde, ou lettres sur les Indoux , Paris 1822.) Mais ces paroles mêmes , dans la bouche d'un apologiste déclaré des mœurs et des coutumes de l'Inde, prouvent qu'autrefois du moins l'accusation qu'il repousse en leur nom n'était que trop fondée. Nous n'avons point à examiner ici quelle a pu être la première origine des parias , ou, pour employer une dénomination moins usitée en Europe , des tchandalas , qu'un autre écrivain nous présente comme soumis à des lois fixes, et gouvernés autrefois par des monarques. Il nous suffit qu'après s'être appuyé de faits peu démontrés et de traditions vagues, celle , par exemple , d'une alliance entre les princes indiens et les souverains des tchandalas , il ait reconnu que ces derniers étaient des êtres avilis; que les fables indiennes, pour exprimer la dégradation dans laquelle l'homme tombe par ses fautes, nous le montrent transformé en tchandala, c'est-à-dire descendu au rang des
en J'exerçant lui-même qu'en lui résistant. Les Parias entre eux se sont subdivisés en ordres qui se renvoient le mépris dont on les couvre. L'horreur qu'ils manifestent leur semble un dédommagement de celle qu'ils inspirent.
L'institution des castes était consacrée en Egypte d'une manière non moins immuable (1). Les grandes divisions étaient les mêmes. Les différences de détail qui tiennent à des énumérations incomplètes ou à des subdivisions qu'on a méconnues , sont de peu d'importance (2). Il nous suffit que les prêtres soient
brutes; que ces tchandalas ou parias se nourrissent de cadavres, qu'ils ne puissent jamais rentrer en grâce, et que leur nom même soit donné à tous les malfaiteurs indistinctement : l'ingénieuse découverte de M. Schlegel, sur l'identité des parias et des bohémiens, émigrés de l'Inde, dont les mœurs et les abominables pratiques sont encore celles de leurs ancêtres , ne prouve que mieux l'avilissement qui peut résulter pour l'espèce humaine d'une proscription sacerdotale.
(1) Voy. sur les castes Egyptiennes, Hecat^i Fragm. Apud. Creutzer fragment. His. Antiq. Graec. p. 28 Creutz. Symb. I; 277. Heeren, Idem, II, 554- Ce que nous disons ici de l'Egypte s'applique à l'Ethiopie. « Plurima utrique gentî fuisse communia : reges pro Diis habere : statuarum formas et litterarum caractera, cœtum sacerdotum, etc. » Diod. I.
(2) Hérodote (II, 164) compte sept classes, dont les