LIVRE 111, CHAPITRE VII I
nous venons de citer indique une exception dirigée contre les pasteurs, et donnerait à croire que l'hérédité des professions était consacrée plus sévèrement que celle des races, c'est-à-
« gine de cette institution ne se laisse pas déduire histori- « quement, on peut la rapporter sans hésitation à la « différence des peuplades. La politique qui , luttant « contre l'enfance des sociétés , avait cru découvrir dans « la séparation rigoureuse des métiers un moyen de favo- « riser leur perfectionnement , se pressa de s'en emparer. « La preuve en est que plus tard encore , on créa de nou- « velles castes , celle des interprètes , par exemple , du « temps de Psamméticus. » En accordant une si grande part à la politique, M. Heeren suppose une chose qui n'existe pas : c'est que les hommes calculent ce qu'ils ne connaissent point. On parle toujours de ce que les chefs des sociétés ont inventé pour faire faire des progrès à ces sociétés. Mais ils ne savaient pas même que ces progrès fussent désirables. Ils ne savaient pas davantage que tel ou tel mode d'organisation non encore essayé fût un moyen pour favoriser ces progrès. Les chefs des sociétés n'étaient pas tombés du ciel. Ils n'étaient guère supérieurs à leurs sujets. On leur prête une prescience qu'ils n'ont pu avoir. Quant à la caste des interprètes , la seule dont nous connaissions exactement l'origine , si sa création prouve sous un certain rapport les progrès de la civilisation, les circonstances qui l'accompagnèrent démontrent la différence de cette caste et de celles qu'on peut vraiment regarder comme égyptiennes. Psamméticus voulait gréciser sa nation , et dans ce dessein , il fit élever
8û DE LA RELIGION,
dire que les mariages entre les castes inférieu res n'étaient pas aussi fortement réprouvés que chez les Indiens. Ces castes inférieures étaient traitées plutôt avec une dureté despotique qu'avec une horreur superstitieuse. La politique égyptienne, qui calculait tout pour l'utilité , ne les repoussait pas de l'état social , mais leur en faisait supporter, avec une rigueur excessive, tous les travaux et toutes les peines (i ). La division des castes était aux Indes purement une affaire de conscience; en Egypte il s'y mêlait de l'administration.
beaucoup de jeunes gens par des Grecs qu'il appela en Egypte, pour y enseigner la langue et y naturaliser les mœurs de la Grèce. Mais la haine nationale Se déclara contre les instituteurs et les élèves. Un grand nombre de membres des castes supérieures émigra, et les enfants élevés dans les habitudes grecques furent pour le peuple une race immonde. On ne voulut les recevoir ou les garder dans aucune caste. Ils furent forcés d'eu former une entre eux qui prit son nom de la profession qu'ils exerçaient, et qui fut toujours odieuse à l'Egypte, comme souillée et comme étrangère.
( 1) Les travaux dont les Juifs, dans la Bible, se plaigneut d'être accablés par les Égyptiens, prouvent ceux qu'on imposait en Egypte aux classes inférieures.