‹ De la religionChapitre 49 sur 248 · LIVRE III, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE X

gètes (i), germains (2) et bretons suivent les armées, pouvant seuls implorer le ciel pour elles et dévouer à la mort les ennemis. Les Juifs, malgré leur théisme, ne font point exception. Ils ferment le sanctuaire à tout autre qu'aux lévites (3). Abiram et Dathan sont engloutis pour avoir usurpé les fonctions ecclésiastiques. Azza périt pour avoir touché l'arche involontairement (4)- Cinquante mille Bethsamites sont frappés de mort parce qu'ils l'ont regardée (5). Azarias, bien que destructeur

(i)JoRNANDES, Cap. S.

(a)TACiT. German.

(3)Nombr. I, 5i.

(4) Spencer, de legib. ritual. Hebraeor. I, 166.

(5)Rois ,1,6, 1 g. Les réflexions d'un théologien catholique à ce sujet méritent, ce nous semble, d'être rapportées. On ne peut douter , dit-il, que ces Bethsamites ne fussent gravement coupables. Ils ne pouvaient ignorer que, par une loi expresse, il était défendu, même aux lévites, de toucher à l'arche, et de la regarder à découvert , cependant, au mépris de ces défenses, les Bethsamites osent s'en approcher , y arrêter des regards téméraires, et, selon le texte hébreu , la découvrir et regarder dedans. Quelle difficulté peut-il y avoir à croire que Dieu ait puni cette désobéissance publique et volontaire , cette curiosité soupçonneuse et sacrilège ? La faute des Beth-

du culte des idoles, est chassé du temple par le grand-prètre, pour avoir saisi l'encensoir (i).

samites par la loi méritait la mort. Que les gouvernements humains sacrifient au maintien des lois et à la gloire de l'état des milliers d'hommes, on vante leur sagesse, et l'on ne concevrait pas que Dieu eût immolé cinquante mille coupables pour venger ses lois enfreintes et sa majesté outragée ! « Maître absolu de notre vie, » dit Grotius , « Dieu peut sans aucun sujet , et en tout « temps, ôter à chacun toutes fois et quand bon lui sem- « ble, ce présent de sa libéralité. » Ne nous étonnons donc point qu'il l'ôte à des sacrilèges qui, selon la loi, méritaient de la perdre. ( Lettres de quelques juifs, I, 3a6-33o. )

(i) Chron. II, 26, 18. Il est curieux de voir combien Bossuet admire l'énergie du sacerdoce hébreu dans une occasion pareille. « Lorsque Osias , dit -il, voulut entreprendre sur ses droits sacrés, les prêtres étaient obligés par la loi de Dieu à s'y opposer, autant pour le bien de ce prince que pour la conservation de leur droit qui était, comme on sait, celui de Dieu. Ils le firent avec vigueur, et, se mettant devant le roi avec leur pontife à leur tête, ils lui dirent : Ce n'est point votre office,... sortez du sanctuaire... Osias menaçant les prêtres . . . ils le chassèrent ... La lèpre ne le quitta plus. Il le fallut séparer suivant la loi, et sou fils Joathan prit l'administration du royaume. » ( Politique de l'Écriture-Sainte , VII, v, 10.)

Page 1