LIVRE III, CHAPITRE II
vestiges d'une croyance au-dessus de laquelle l'esprit de l'homme s'est élevé, se combinent avec le culte qui doit la remplacer, et les fétiches disciplinés et soumis se placent docilement aux pieds des grandes divinités nationales (i).
Tels sont les premiers pas que la naissance de la civilisation fait faire aux notions religieuses. Ces pas sont les mêmes, quel que soit d'ailleurs le pouvoir des prêtres. Mais si nous voulons aller plus loin , deux routes s'ouvrent devant nous, qui, partant d'un même point, s'éloignent à mesure qu'elles se prolongent. L'une est celle que suit l'homme livré à ses propres forces et à son propre instinct; l'autre, celle où le sacerdoce entraîne l'homme qu'il réduit en servitude.
Ici se présente donc pour être expliquée la distinction que nous avons établie, en com-
(i) Le fétichisme survit même à l'établissement du théisme , quand cette croyance s'étend sur des peuplades peu civilisées. Les nègres mahométans conservent l'usage du Mumbo-jumbo, l'un de leurs anciens fétiches, terrible aux femmes rebelles, qu'ils traînent devant ce simulacre pour les dévouer à sa colère. ( Parallèle des relig, I, 175.)
mençant, entre les religions sacerdotales, et celles qu'aucun sacerdoce ne parvient à ranger sous sa dépendance; et notre premier soin doit être de dire quelles sont les causes qui favorisent , et quelles sont celles qui limitent le pouvoir sacerdotal (i).
(i) Un écrivain distingué de l'Allemagne ( Rhode, ueber Alter und Werth einiger morgenlamdischer Urkunden ) , a entrevu la division dont nous parlons ici , mais n'en a pas, ce nous semble, suffisamment recherché la cause. « Chez les plus anciens peuples » dit-il, « dans un « temps antérieur au commencement de la plus ancienne « histoire, telle qu'elle se présente à nous, se rencontrent « deux systèmes de religion, directement opposés. Le i premier, qui certainement a précédé l'autre , consistait « dans une simple adoration de la nature. Le monde « physique était tout. Tout partait de lui, tout dépen- « dait de lui. Les forces actives et les corps, au moyen « desquels ces forces agissaient, furent divinisés; et on « s'imagina ces dieux toujours corporels, et semblables i aux hommes. On exprima leurs relations réciproques « en mythes, qui se mêlèrent bientôt à l'histoire de leur s « premiers adorateurs. Le second système est d'une tout « autre espèce. Appuyé sur une révélation antique et sa- « crée, le surnaturel s'y déploie, pur et sublime. Il attire « à lui et pour ainsi dire absorbe ce culte de la nature. * Dans ce système , tout dépend d'un être créateur , spi*- « rituel, éternel, infini, incommensurablement au-dessus