‹ De la religionChapitre 51 sur 248 · LIVRE III, CHAPITRE X. C · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE X. C

ment que le sacerdoce détermine leur demeure et décide de leurs formes. Les pierres adorées par les Indiens doivent leur nature sacrée aux prières des brames, qui y font descendre la divinité. Avant cette invocation mystérieuse, les pierres de Brama, de Wichnou, de Schiven, ne sont que de vulgaires cailloux (i). Le lingam n'est une chose divine que lorsqu'une céré-

(1) OEuvres du P. Calmet, jésuite, t. XXIX, p. 4oo. Sonkerat, Voy. aux Judos. Dans le Poutclié, les brames son censés attirer par leurs invocations la divinité , d'un objet matériel dans un autre. La cérémonie faite , ils la congédient par une seconde prière. Sonnerat, ibid. Les prêtres égyptiens affirmaient de même qu'ils avaient le pouvoir de communiquer aux statues quelque chose de Ja nature divine. ( Lévèque , Excurs. sur le schamanisme, trad. de Thucydide, III, 298.) Cette opinion avait pénétré en Grèce et à Rome. Les Grecs et les Romains étaient persuadés que les dieux s'incorporaient aux statues, par la force de la consécration. (Van Daxe , de consecr. in libr. de oracul. 477. ) Lors de la décadence du polythéisme, les philosophes, ses défenseurs, prétendirent que les simulacres étaient pleins de la présence réelle des dieux. ( Jamblich., «p aÀa^arwv apud. Phot. Bibl. cod. 225. Arnob. adv. Gentes, VI, 17 . Julien , passim. Maxime de Tyr. ') Les païens disent à Arnobe ( loc. eit. ) : Nous ne regardons point les statues et les simulacres comme des dieux , mais nous croyons que les dieux y habitent, parce que cos choses leur sont

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nionie solennelle a renfermé le dieu dans le simulacre nouvellement ciselé (i). Les chênes antiques avaient besoin, pour être dignes de la vénération des Gaulois, d'être arrosés de sang de la main des druides (2).

Mais le sacerdoce ne se contente pas d'exercer ainsi exclusivement les fonctions religieuses. Il s'arroge une part considérable à l'autorité politique (3) et civile. Un roi, dit Platon, ne peut régner en Egypte, s'il n'est admis à la connaissance des choses sacrées. Tout homme d'une autre classe, qui parvient à la couronne,

consacrées. Cependant ils restreignaient d'ordinaire la présence réelle aux idoles adorées par les initiés dans les mystères. ( Jambl. Phot. Bibl. cod. ccxxv. Cicér. de Nat. Deor. II, 17. Procl. ad Plat. Tim. )

(1) Laflotte, Notice histor. sur l'Inde, p. 206.

(2) Peli.outièr, Hist. des Celtes, VIII, 67. Mézkbai Hist. de France, p. 40.

(3) Les prêtres mexicains étaient les conseillers des rois. Aucune guerre ne pouvait s'entreprendre que sur leur avis. Leurs décisions étaient des oracles. ( Clav. Hist. du Mex. I. ) Il y a même quelques traces d'une union plus intime de la prêtrise et de la royauté au Mexique, dans la personne de Montézume II, qui, monté sur le trône comme issu de la famille régnante , exerçait en même temps les fonctions sacerdotales.

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doit se l'aire recevoir dans l'ordre sacerdorai (.).

L'élection des monarques était réservée aux prêtres et aux soldats : mais le suffrage des prêtres avait une autorité centuple ou décuple (2). Après sa nomination, le roi agrégé au sacerdoce (3) restait soumis aux privilégiés qui l'avaient élu. Il était servi, non par des esclaves , mais par des fils de prêtres âgés de plus de vingt ans. Il n'avait pour société habituelle que des ministres du culte : les heures de ses promenades, celles de ses ablutions et de ses bains, les moments où il lui était permis de goûter les plaisirs de l'hyménée,

(1) In Politic.

(2) Le suffrage d'un prêtre de la classe supérieure était compté pour eent, celui d'un membre de la seconde classe pour vingt , celui d'un individu de la troisième pour dix. (Plutarch. de Isir. et Osid. ) Prolato alicujus ex candidatis nomine, milites quidem manum tollunt , comastae vero , et zacori , et prophetae calculos ferunt, pauci aliqui, sed quorum praecipua in ea re auctoritas. Prophetarum nempe calculus centum marins arquât, comastarum viginti , zacororinn decem. (Synes. de Pro* vid. p. 94. )

(3) Strab. XVn, Plut, de Is. Diod. I, 70.

étaient fixés par eux (i). Dans les cérémonies publiques, le grand-prêtre, après avoir prié pour le prince, examinait et censurait à haute voix sa conduite (2). Et comme à son avènement, le sacerdoce l'avait installé sur le trône

(l)DlOD. I.

(2) Les statues des prêtres en Egypte étaient mises dans les temples à côté de celles des rois. L'autorité du sacerdoce égyptien survécut même à la conquête de l'Egypte par les Perses. Darius , père de Xercès , ayant voulu faire placer sa statue devant celle de Sésostris, le grand-prêtre de Vulcain s'y opposa , et ce roi n'osa point lui faire violence. (Hekod. II, no. Diod. I, 55. ) Cette modération d'un despote est très-remarquable, mais elle n'est pas très-étonnante , parce que même en Perse , malgré la diminution du pouvoir des mages sous leurs dominateurs étrangers , ils avaient conservé assez d'autorité pour que le roi fut contraint à se faire admettre dans leur ordre ( Cicék. de Divin. ) , et à les traiter comme ses conseillers habituels et les compagnons inséparables de toutes ses expéditions. ( Mein. de Vet. Pers. Relig. Comment. Soc. Gœtt. ) Ils avaient été bien plus puissants en Médie. Quand Astyage, roi des Mèdes, les consulta sur le songe pour lequel il avait ordonné de mettre à mort son neveu Cyrus , ils lui répondirent : « Nous te dirons la vérité pour notre propre intérêt ; cet intérêt nous invile à conserver ton empire, puisque maintenant nous avons part à Ion gouvernement. » Darius était donc familiarisé dans son propre empire avec les prétentions sacerdotales.

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