LIVRE III, CHAPITRE X
par un sacre solennel , ce même sacerdoce s'emparait de son agonie pour en calculer chaque minute, et en sanctifier la dernière par les eaux purifiantes du Nil (i).
Plus puissant encore, le sacerdoce éthiopien non-seulement élisait les rois, mais les faisait descendre du trône, ou les condamnait à mort (2). Il décidait aussi de la guerre et de la paix (3).
Les Juifs, durant leur théocratie, consultaient toujours Jéhovah sur le choix de leurs généraux par l'entremise des lévites. Leurs
(1) Hammer, Min. de l'Orient.
(2) Les rois de Méroé étaient choisis par la caste des prêtres et tirés de son sein. ( Diod, I. Heeren, II, 407.) Ces rois, ainsi que les autres habitans de Méroé, se tuaient eux-mêmes, quand tel était l'ordre des dieux. ( Diod. III. Strabon. XVII. Larcher, Not. sur Hérod. II, 87. ) M. de Paw, esprit original et bizarre, hasarde, dans ses Recherches sur les Égyptiens et les Chinois (II, 119), une apologie des prêtres de Méroé, qu'il prétend s'être constamment opposés au despotisme. Sans doute, ils s'y opposaient, mais pour l'exercer. Il n'y a pas de plus irréconciliables ennemis de la tyrannie que ceux qui veulent s'en emparer pour eux-mêmes.
(3) Ils ont à Méroé , dit Hérodote ( II, 29 ), un temple de Jupiter, et sur les réponses de ce dieu , ils portent guerre partout où il le commande et quand il l'ordonne
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livres sacrés nous montrent Josué subordonné, sous beaucoup de rapports, à la volonté du grand-prêtre.
On a prétendu que les brames ne pouvaient ni monter sur le trône, ni commander les armées : mais des voyageurs véridiques citent plusieurs exemples contraires (1), et il n'y a pas long-temps que le roi des Marattes était soumis à douze bramines qui gouvernaient en son nom (2).
(1) Niebuhk, II, 7. Nous apprenons d'Arrien que les villes de l'Inde qui se défendirent contre Alexandre ou se soulevèrent contre lui, étaient pour la plupart dirigées par des bramines. ( Arrien, V, i.j VI, 7.) Même dans les républiques indiennes dont les auteurs grecs nous parlent, les bramines étaient à la tête du gouvernement. Aussi les Grecs rapportaient-ils la fondation de ces républiques au Bacchus indien ( Heeren, I, 455- 438.)
(2) Au Thibet, les gellongs ou prêtres se présentent devant les princes comme leurs égaux, et sans leur donner aucune marque de respect. ( Pallas , SammI. Hist. Nachr. ub. die Mongol. Vœlkersch, ) Le pontife de Comana, dit Cicéron ( Ep. fam. XV, 4 ), était en état de résister au roi par les armes. Dans les villes de Comana , dont il y avait deux, l'une dans le Pont, l'autre en Cappadoce, les habitants , gouvernés par un roi, étaient néanmoins soumis à un pontife à vie, ( Strab. XII. )
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Les institutions des peuples du Nord et de l'Occident offrent un singulier mélange de liberté politique et de despotisme sacerdotal. Loin de diminuer la puissance des prêtres, les garanties que les citoyens s'étaient données contre leurs chefs civils et militaires tournaient à l'avantage de leurs maîtres spirituels. Ils exerçaient sur les premiers le droit de destitution ; mais ce droit n'atteignait aucun homme revêtu de la prêtrise (i ). Cette différence donnait naturellement aux derniers une grande supériorité sur les dépositaires amovibles de l'autorité temporelle (2). Quelquefois nous
L'esprit de la religion grecque et romaine se fit sentir, en opposition avec l'esprit sacerdotal , lorsque^ les Romains se furent emparés de ces deux villes. Pompée et César réunirent les fonctions pontificales aux fonctions royales , Pompée dans la personne d'Archélaiis, César dans celle de Nicomède. ( Appian. ) La même hiérarchie qu'à Comana était établie à Pessinunte en Phrygie. '(Strabon. )
(1) Les Bourguignons, dit Ammien Marcellin ( XXVIII , 5 ), peuvent changer de roi, mais non de sacrificateur. Celui-ci, qui est le premier de l'état, reste investi de sa dignité toute sa vie.
(a) Dion Chrysostôme indique les druides comme exerçant de fait les fonctions du gouvernement, les rois n'étant que les exécuteurs des volontés de ces ministres
voyons les prêtres réunir le double pouvoir. Comosicus, souverain pontife des Goths, les gouvernait, non-seulement comme sacrificateur, mais comme roi (i). D'autres fois, sans
de la religion. ( Dio. Chr. Serm. 49- ) Voy. aussi dans Reysler, Antiq. septentr. , et dans Dreyer, Vermischte Abhandlungen , d'autres exemples du pouvoir des prêtres chez les Bourguignons, les Francs et les Slaves. Les sacrificateurs des Ibères conduisaient les négociations avec les étrangers. ( Strab. XI. ) Chez les Scandinaves, les drottes, présidents des assemblées, maintenaient la tranquillité. ( Mallet, Introd. à l'Hist. du Dan. p. i34-) Chez les Gètes, l'ordre des prêtres était au-dessus de toutes les autres classes. La noblesse occupait un rang inférieur. Décébale, à ce que racontent les historiens, voulant obtenir la paix de Trajan, lui envoya d'abord de simples gentilshommes ( comatos , à longs cheveux ) , ensuite des sacrificateurs ( pileatos , mitres J , comme les personnages les plus distingués de la nation. ( Théod. Excerpt. «x DionCass. lib. 68. Petr. Patritius in Excerpt. légat, p. 24. )
(1) Jornand. cap. II. Les prêtres des Thraces commandaient en même temps les armées. Polyaenus rapporte à ce sujet une anecdote curieuse. Un jour, dit-il, les Thraces refusant d'obéir à Cosinga, qui était à la fois leur général et leur pontife , il fit attacher l'une à l'autre de longues échelles. A cette vue les spectateurs , croyant qu'il voulait monter au ciel pour se plaindre de leur rébellion , se prosternèrent à ses pieds , et promirent d'être soumis à ses ordres. ( PoltjEntts, VII, 22. )