LIVRE III, CHAPITRE X. I o
Les druides prononçaient sur toutes les contestations des particuliers (i). Ils faisaient grâce en accordant un asile dans leurs sanctuaires; usage qui a subsisté jusqu'à notre siècle en Italie, en Espagne, dans les pays les plus dominés par le sacerdoce catholique.
C'est comme héritier de ces privilèges que le clergé chrétien obtint de Constantin, de Théodose, et enfin de Charlemagne, que les tribunaux civils ne pourraient connaître des causes portées devant les évêques (2) : et l'on sait que ceux-ci présidaient aux épreuves et aux jugements de Dieu (3).
Privés momentanément de cette portion d'autorité, ils la recouvrèrent sous Xerxès , et prétendirent que le roi lui-même devait se conformer à leurs avis. ( Agathias , H, 65. )
(1) De omnibus controversiis publicis et privatis constituunt. ( Ces. de Bello GalJico. )
(2) Capitul. Carol. lib. VI. Leg. 281, p. io23.
(3) Pblloutifr, VII, 233. En général , on n'a pas, à ce qu'il nous paraît, assez considéré la ressemblance du clergé chrétien avec les institutions hiérarchiques des peuples du Nord. Cette ressemblance est si frappante , même dans leti détails, que des ordres religieux en ont tiré la consé-o
Indépendamment des sentences qu'ils prononçaient en leur qualité de juges, les prêtres employaient encore contre ceux qui tentaient de leur résister le moyen de l'excommunication: et cette excommunication, repoussant des lieux destinés au culte tous ceux qu'elle atteignait, emportait la perte de tous les droits politiques et civils; car les citoyens, pour délibérer sur les intérêts nationaux, s'assemblaient au milieu des forêts antiques. C'était aussi dans ces forêts que les tribunaux faisaient comparaître les plai-
quence qu'ils descendaient des druides. Un historien de la communauté des carmes appelle les druides « sanctos druidas , Eliae filios , fratres nostros et praedecessores, » ( Hist. Carmel. ordin. I, 1 , 4. ) « Si vivendi genus et observantias regulares seriô discusseris , » dit un autre écrivain, « reperies veros fuisse (druidas ) carmelitas. j>( Thèse théolog. soutenue à Béziers en 1682. ) On a recherché ce que le christianisme avait emprunté du paganisme; mais on n'a pas fait entrer en ligne de compte ce qu'il emprunta des Barbares, dont la[religion^ étant celle des vainqueurs et inspirant moins de haine que le polythéisme de Rome, qui avait lutté trois siècles contre le christianisme et s'était souillé de persécutions atroces, trouva moins d'obsatcles à léguer à la nouvelle croyance dès formes qui, d'ailleurs, favorisaient les projets du sacerdoce, dont cette nouvelle croyance allait devenir pour long-temps la propriété..