LIVRE III, CHAPITRE X. IO
cleurs et rendaient leurs arrêts. Mais ces forêts étaient en même temps le sanctuaire des dieux. Il était interdit aux excommuniés d'y pénétrer. Ils ne pouvaient donc ni assister aux assemblées du peuple, ni se présenter devant les tribunaux, pour invoquer leur justice. Ils étaient dépouillés de leur qualité de membres de la cité, ils étaient privés de l'appui des lois, par cela seul qu'ils étaient exilés du sanctuaire. Ainsi désarmés et sans protection, ils se voyaient poursuivis en tous lieux par l'horreur publique. Chacun les fuyait, croyant se souiller par leur présence (i).
Sans doute, chez les Perses et les Indiens, la domination étrangère rendit de temps immémorial les suites temporelles de l'excommunication moins terribles. Mais les prêtres tâchèrent d'y suppléer par la menace des punitions les plus sévères après cette vie. Le Sadder est rempli d'imprécations contre les contradicteurs des mages, et de descriptions effrayantes des supplices éternels qui les attendent. « Celui « que les dieux mêmes ne peuvent détruire, »
(i) Ces. de Rcllo Gall. VI, 14.
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disent les brames , « celui qui ne peut être tué « ni par Indra, ni par Gali, ni par Wichnou, « sera consumé comme par le feu, si un brame « prononce contre lui sa malédiction (i). » On
(i) Passage duRamayan. Le code des Gentoux ordonne de mettre à mort quiconque cause de fréquents embarras à un brame. Leur mythologie est pleine de fables que prouve l'efficacité des malédictions des prêtres. Un conquérant, "Wiswamitra , ayant attaqué un solitaire , était prêt à remporter la victoire. Ses flèches terribles détruisaient par milliers les défenseurs du Richi. Mais un élan de la piété de ce dernier réduisit en cendres les cent fils du Rajah, qui, voyant alors combien la puissance du prêtre est au-dessus de celle du guerrier, forma le projet de s'élever au rang de prêtre par ses pénitences. (Extrait du Ramayan.) Le roi de Trisankou, maudit par un brame, est changé en un paria hideux et impur. ( ibid. ) Dans la religion Jamaïque, les âmes de ceux qui ont encouru l'anathême d'un prêtre , s'agitent sans cesse , sans pouvoir rentrer dans un corps , et deviennent des esprits malfaisans qui tourmentent les hommes. ( Pallas, Sammlung. Histor. Nachr. ùb. die Mongol. Vœlkersch. II , 12, 111, ) A Siam, Thevalhat, frère de Sommonacodom , souffre au fond des enfers des supplices infinis, parce qu'ayant consenti à adorer les deux mots mystiques, Putang ( Dieu), Thamang ( verbe de Dieu), il a refusé d'adorer le troisième , Sangkhang ( imitateur de Dieu ou prêtre). Tachard, Voy. de Siam,liv. VI, p. 212- 21 3. Mais ce n'est pas tout. Sommonacodom lui-même,