LIVRE III, CHAPITRE X. III
mitée est passé, cette prérogative leur est devenue funeste , et les supplices qu'on leur inflige sont rendus plus cruels , par les précautions à l'aide desquelles on évite l'effusion du sang (i).
Pour justifier la cumuiation de tant de pouvoir et de tant d'immunités, les raisonnements des prêtres furent les mêmes chez tous les peuples. L'espèce humaine n'est sur là terre que pour accomplir la volonté des dieux. Toutes les actions des individus ont un rapport plus ou moins direct avec cette volonté. Les prêtres la connaissent et la font connaître. Il leur appartient donc de juger et de punir la désobéissance.
L'identité des moyens n'est pas moins remarquable.
Une vie austère et retirée, un abord rare et difficile, une affectation de pureté supérieure, le soin de ne paraître aux yeux des profanes qu'aux jours solennels où il communiquait avec les dieux (2), des privations fastueuses et d'incroyables austérités , semblaient
(1) Stauedlin, Relig. Magaz.
(ï) Sohmidt, de Sac. et Sacrif. ,<Egypt. p. 5 7.
partout faire du sacerdoce une espèce à part. Pour accroître le prestige qui l'entoure, nul effort ne lui coûte. Il sacrifie sans hésitation sa vie à sa puissance. Chez plus d'un peuple , les souverains pontifes attaqués de maladies dangereuses recouraient au suicide, ou recevaient secrètement la mort de la main d'un affidé, pour ne pas être soumis comme le vulgaire à cette fatale nécessité de notre nature ( i ).Mais lapossession exclusive des sciences était surtout la base du pouvoir du sacerdoce* Ce monopole l'avait constitué, pour ainsi dire, la pensée privilégiée de l'espèce humaine. Aussi cette possession exclusive fut-elle en tous lieux l'objet de sa vigilance la plus attentive et la plus sévère. Il se réserva l'enseignement de la morale, de la philosophie, de l'éloquence, de la jurisprudence, de l'histoire, de la poésie, de la physique, de l'astronomie. Les prêtres étaient en Egypte les seuls historiens (2). La
(1) Cet usage se trouve déjà chez les Sauvages. ( Bossman, Voy. en Guinée. Desma.rcha.is, Voy. en Guinée et à Cayenne. Smith, Voy. to Guinea. Oldendorp, Gesch. der Mission. Avazzi, Relation de l'Ethiopie.
(2) Diod. I. La géographie était aussi une science réservée aux prêtres.