LIVRE III, CHAPITRE X
transmettant, sous des traits imposans et respectables , le souvenir des grands corps sacerdotaux qui ont régné sur le monde , n'a presque jamais tiré du milieu de ces redoutables associations , un individu distingué , pour nous le faire connaître d'une manière certaine. C'est que l'instinct du sacerdoce l'avertissait que pour atteindre le but commun , il fallait réprimer l'essor des prétentions individuelles (i). Ce que nous avons pris pour des noms propres d'écrivains chaldéens et phéniciens, n'était probablement que la désignation d'une classe. Le mot Sanchoniaton signifiait chez les Phéniciens un savant , un philosophe , c'est-à-dire , un prêtre (2). Beaucoup d'Indiens ont assuré le chevalier Jones que Bouddha était un
( ») Les prêtres égyptiens portaient jusque dans les cérémonies leurs précautions contre l'influence des individus. « Il n'en est pas , dit Diodore , en Egypte comme en Grèce, où c'est tantôt un seul homme , tantôt une seule femme, qui remplit les fonctions du sacerdoce. Plusieurs ensemble sont toujours chargés des sacrifices et des hommages qu'on rend aux dieux. »
(2) Berger, Geschichte der Religions- Philosophie, p. 39 et 40. Theodoret. Bochart, Acad. des Inscr.
\ Xi. DE LA RELIGION,
nom générique (i). En Egypte, tous les ouvrages sur la religion et Jes sciences portaient le nom de Thot ou d'Hermès (2). Dans
XXIV, 64. Meiners, de vero Deo , 66-68. Creutzer , Symbol. II, 8.
(1) Asiat. Res. II, 124. « Bouddha est un nom géné- <c rique fort ancien , selon toute apparence , dans la my- « thologie des Indoux. Il signifie savant , sage, intelli- « gence excellente et supérieure. Il s'applique à Dieu « même, intelligence unique et suprême.. » Creutz., trad. franc, p. 286.
(2) Jambuch. de Myst. jEgypt. Hermès, dont les Grecs firent un dieu du second rang, était en quelque sorte la personnification de l'ordre des prêtres réduit à un signe unique. C'est dans ce sens qu'il était le confident des dieux, leur messager, l'interprète de leurs décrets, le génie de la science, le conducteur des âmes, élevé audessus des hommes , mais serviteur et agent des natures célestes. On le désignait sous le nom de Thot. Selon Jablonsky (Panth. iEgypt. V, 5, a j, le mot Thot, Theyt, Thayt ou Thoyt , signifiait , dans, la langue égyptienne , une assemblée, et plus spécialement une assemblée de sages et de savants , le collège sacerdotal d'une ville ou d'un temple. Ainsi, le sacerdoce collectif de l'Egypte, personnifié et considéré comme unité, était représenté par un être imaginaire , auquel on rattachait l'invention du langage et de l'écriture qu'il avait apportée du ciel et communiquée aux hommes (Plat. Phileb., Phaedr. ),