‹ De la religionChapitre 71 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE II. 1 3f · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II. 1 3f

furent-elles toujours moins profondes chez les nations septentrionales que chez les peuples du Midi. Les invasions, les conquêtes, les dévastations des étrangers dans l'Inde, calamités qui remontent aux époques les plus reculées , et qui se sont perpétuées sans interruption jusqu'à nos jours, n'ont porté que de légères atteintes à l'autorité révérée des brames, tandis que les Romains ont détruit en moins de deux siècles, sinon l'influence secrète, du moins l'empire régulier des druides dans les Gaules et dans la Bretagne.

On ne trouve point dans le Nord cette ténacité pour ce qui tient à la croyance , ténacité si étonnante chez les peuples méridionaux, car elle paraît inconciliable avec leur absence d'énergie. Timides à la guerre, les Indiens bravent la mort la plus cruelle et les supplices les plus raffinés, plutôt que d'abjurer leur religion ou d'en enfreindre le moindre précepte. Bien moins opiniâtres , les barbares du Nord ont toujours embrassé facilement les cultes étrangers (i) : et il est à remarquer que, tan*

(i) Nicéphoke, Hist. Rom. lib. II.

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dis que les religions septentrionales n'ont jamais franchi leur enceinte glacée , les climats chauds ont lancé leurs croyances sur le monde entier. Les hommes du Nord ont conquis le Midi. Les opinions du Midi ont conquis le Nord.

Le besoin du repos , l'aversion pour toute espèce de lutte , enlèvent aux peuples méridionaux tout moyen de secouer un joug établi. De même que les Indiens ne sauraient repousser les invasions étrangères , de même ils demeurent nonchalamment courbés sous l'empire des brames : et qu'on n'objecte point les innovations religieuses qui , sous la forme d'incarnations divines , ou de systèmes philosophiques, ont eu lieu dans l'Inde à diverses époques, ou les sectes multipliées qui se la partagent. Ces innovations qui ne nous paraissent si fréquentes que parce que nous les voyons réunies , tandis qu'elles sont réparties à d'immenses intervalles , dans un espace de temps qu'on ne peut calculer , n'ont point dépossédé la caste sacerdotale , et sa puissance a toujours été si grande, que les dissidents sont venus toujours se replacer sous son joug. Chez ces nations amollies, l'action ex-

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