LIVRE IV, CHAPITRE II. l4l
térieure , exercée sur autrui , est à peu près impossible. Aussi se réfugient-elles dans une sorte d'action intérieure , plus compatible avec leur disposition efféminée et à laquelle leur imagination prête un pouvoir miraculeux. De là chez les Indiens ce dogme singulier de l'efficacité de la pénitence et des macérations , dogme qui donne à leurs fables un caractère étranger à celui de toutes les autres mythologies. Leurs pénitences ne sont point uniquement destinées à expier des crimes , à effacer des erreurs. Leur but est plus vaste et leur portée, plus longue. Les austérités t les jeûnes , les invocations dominent la nature , le sort , les hommes et les dieux mêmes (i). Les peuples
(1) Les livres indiens sont remplis de fables, propres à pénétrer les esprits de cette opinion. Druwen, fils d'Utamibaden et de Sunady, repoussé par son père, à l'instigation d'une nouvelle épouse , alla se livrer à la pénitence dans un désert , sur les bords du Jamuna. Dans le premier mois de ses austérités, il demeura trois jours sans prendre d'aliments, vivant de fruits le reste du temps. Le second mois il jeûna six jours , le troisième douze, ne buvant qu'autant d'eau que le creux de 6a main pouvait en contenir. Durant le quatrième mois , il parcourut les huit degrés de la contemplation, ne se nourrissant que de l'air qu'il respirait; dans le cin-
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du Nord ne nous présentent rien de semblable à cette notion indienne sur la pénitence. La vigueur intérieure qui les remplit et qui les anime les dispense de recourir à des macérations douloureuses , ou de placer leur force dans les
quième, fixant sa pensée uniquement sur l'Être -Suprême, il devint étranger à son propre corps. Dans le sixième , il ferma tout accès aux impressions extérieures. Enfin, retenant jusqu'à sa respiration, il conjura la divinité de se montrer à lui. Ces austérités et la ferveur de sa prière ébranlèrent le monde. Tous les dieux effrayés se tournèrent vers Wichnou, qui leur révéla la cause de cet ébranlement universel, puis comblant de faveurs le pénitent, il le vengea de sa marâtre, lui donna le royaume de son père, et le fit régner glorieusement pendant vingtsix mille années. (Bagavadam, livre IV.) Un des sept Richis, voulant attirer les dieux sur la terre, jeûna si long-temps, qu'une flamme brilla sur sa tête, et ces dieux obéissants lui apparurent. ( Bagav. ib. ) Les cinq pénitences de Bagiraden surmontèrent les résistances de Brama, de Wichnou et de Schiven, firent descendre le Gange du ciel, distribuèrent ses eaux dans les plaines qu'elles fécondèrent, et ressuscitèrent soixante mille morts qu'un autre pénitent avait tués d'un regard ( Bhaguat-Gita , X. Sonnerat, I, 23a.) Viswamitra, conquérant fameux , aspirant au rang sublime de brame , se livra, dit le Ramayan, à des pénitences tellement sévères, qu'il surpassa bientôt le mérite des dieux et des .saints, et telle fut la puissance qu'il acquit par ses austé-