LIVRE IV, CHAPITRE II
malédictions. Le sacerdoce , en les dominant , ne change pas leur nature. Nés pour le combat , c'est au combat qu'ils en appellent : les Scandinaves , déçus par les dieux , menaçaient d'escalader le Valhalla , pour en arracher ces dieux réfractaires. Les Indiens , poursuivis par le sentiment de leur impuissance, récusent toute lutte , se replient sur eux-mêmes , et prient ou
rites effroyables qu'il eût pu détruire les trois mondes par un acte de sa volonté. Les Dieux, prévoyant cet anéantissement inévitable, supplièrent Brama d'accorder au terrible pénitent ce qu'il désirait avec tant de violence; et le créateur, à la tête de la hiérarchie céleste, vint au-devant de Viswamitra, et le salua du titre qu'il ambitionnait. Par une suite de cette règle immuable, qui force l'homme à se peindre dans ses dieux, ce moyen surnaturel de la pénitence fut transporté bientôt de la terre au ciel et attribué à la divinité créatrice du monde. C'est en se plongeant dans la contemplation, et en s'abîmant dans la pénitence, que Brahm , l'unité absolue , tira de son sein l'œuf d'or qui renfermait le germe de toutes choses. Voy. les Mantras du Rigveda, et aussi le troisième livre du Bagavadam Wichnou , dans le Bagavadam , se déclare tellement lié par les macérations de son adorateur Ambalischen, qu'il ne peut refuser aucune de ses demandes , et marche sur ses pas, comme le faon nouveau né qui court après, sa mère.
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maudissent au lieu de combattre. Les effets de leurs prières s'étendent à tout. C'est par la prière qu'ils se défendent , c'est par la prière qu'ils se vengent. C'est par la prière qu'ils ébranlent ou raffermissent le monde. C'est par la prière qu'ils ont des enfants. Les cinq fils de Pandou devaient leur naissance à la force d'une prière magique (i). L'anathème , qui est en quelque sorte la prière retournée , n'a pas moins de pouvoir. La malédiction d'un seul pénitent pénètre dans le ciel , glace ses habitants d'épouvante , les contraint à la soumission (2) : et cette influence irrésistible n'est pas réservée , comme on serait tenté de le croire , spécialement aux fidèles.
(1) Rech. As. n, p. 188.
(2) Indratuymen , dont le char céleste parcourait plus rapide que la foudre le ciel et la terre, fut changé en éléphant par les malédictions d'un solitaire outragé. ( Bagavad. liv. VIII. ) Le chef des demi-dieux, Devendren, qu'avait maudit un autre solitaire, vit ses richesses jetées à la mer par un bras invisible, et fut chassé du séjour divin avec tous les dieux et tous les génies. ( Bagav. ib. ) Conception plus bizarre encore ! Les malédictions réciproques ne perdent point leur efficacité. Schiven et Dackscha se maudissent l'un l'autre, et leurs anathèmes s'accomplissent. ( Bagavadam , liv. IX. )