LIVRE IV, CHAPITRE II
C'est à la douceur de mœurs (i) que le climat inspire qu'on doit attribuer l'esprit de tolérance qui éclate dans les livres religieux de presque toutes les sectes indiennes (2). Mais pour peu que l'intérêt sacerdotal se croie compromis, l'esprit sacerdotal se réveille : vainement alors une nature amie et bienfai-
de l'Occident, qui croyaient ajouter au prix de l'offrande, par la prolongation des souffrances et les raffinements de la cruauté. Vous né pourrez méconnaître l'effet du climat.
(1) Cette douceur de mœurs n'abandonne pas les Indiens même lorsqu'ils se font la guerre. Les soldats d'une armée, quand un intérêt ou une affection privée les appellent dans l'armée ennemie, y vont et en reviennent sans rencontrer d'obstacles et sans courir de dangers. ( La Flotte , Ess. Hist. sur l'Inde, p. 260. )
(2) Chacun, disent les Indiens, peut aller au ciel par un chemin particulier. (Dow, Relat. des Recherch. dé Mahumet-Akbàr sur la relig. ind. ) « Quelle que soit l'i- « mage que le suppliant adore dans sa foi, c'est moi seul « qui lui inspire cette ferme foi , » dit Crischna dans le Bha~ guat-Gita,« cette foi avec laquelle il tâche de se rendre « cette image propice et obtient enfin l'objet de ses dé- «sirs, ainsi que je l'ai déterminé. Ceux qui, soupirant k après l'accomplissement de ce qu'ils souhaitent, suivent « la religion indiquée , obtiennent une récompense passait gère; mais ceux qui ne pensent qu'à moi seul, je porte «le fardeau de leur dévotion, c'est-à-dire, ils ont une
santé semble prendre à tâche d'éloigner les Indiens de toute superstition sanguinaire. Le sacerdoce triomphe de cette nature : les religions du Midi passent tour à tour et subitement de la tolérance la plus touchante à la férocité la plus effroyable , de la pitié la plus exaltée, même pour les animaux, à la cruauté
la plus impitoyable pour les hommes, et si
« récompense impérissable, et ne retournent plus dans un « corps mortel. Ceux qui adorent d'autres dieux avec «une ferme foi, m'adorent aussi, quoique involontaire- « ment. Je participe à tous les cultes, et je suis leur ré- « compense. Ceux qui adorent les Dévétas s'incorporent « dans les Dévétas, ceux qui adorent les pétrées oupatriar- « ches s'unissent aux patriarches , les serviteurs des bhoots « ou esprits s'absorbent dans les bhoots, et ceux qui « m'adorent ne font qu'un avec moi. » N'est- il pas remarquable que , tandis que d'autres réformateurs menacent de châtiments éternels ceux qui refusent de professer leur doctrine, la seule peine que leur inflige Crischna soit de recevoir une récompense plus courte et plus imparfaite que celle qui est accordée aux fidèles? Tout ennemi de Dieu, disent encore les Indiens, tout homme qui, en le combattant, sous quelques-unes des formes qu'il a prises, est tué par lui ou par son incarnation, est sauvé par cela même que l'incarnation le touche en le tuant. ( Asiat. Mag. ) Tant la douceur du climat de l'Inde dispose les esprits à la tolérance !