‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 21 sur 67 · LIVRE XIII , CHAPITRE IV. G · texte numérisé non relu

LIVRE XIII , CHAPITRE IV. G

et tous les dogmes sacerdotaux y étaient accueillis et consacrés.

Les prêtres du polythéisme indépendant que professait la Grèce, ne différaient de ceux de rOrient et du Midi que par le succès , non par les efforts. Les uns et les autres tendaient au même but; mais les premiers, limités dans leur puissance , ne disposaient que de la paitie secrète de la religion. Les seconds , tout-puissànts , disposaient sans réserve de la religion entière. Les premiers, en conséquence, transportèrent dans les mystères tout ce qui caractérisait le polythéisme sacerdotal, et s'y créèrent autant qu'ils le purent im domaine particulier , pour se dédommager de l'empire que la société civile leur disputait. Les mystères furent la propriété du sacerdoce , dans le polythéisme dont le sacerdoce n'avait pas la propriété.

De ces dogmes et de ces rites , dont ils s'enrichissaient successivement, aucun n'était remplacé par l'autre ; tous coexistaient , et non-seulement ils coexistaient , quelque contradictoires qu'ils fussent , mais chacun d'eux était lui-même formé de plusieurs éléments incohérents et hétérogènes (i). Les doctrines philosophiques les plus avancées s'amalgamaient aux traditions du plus

(i) Noos trouvons dans les mystères de Samothrace , i» un système d'émanation assez pareil à celui de l'Inde : Axieros , le premier des Cabires, était l'unité d*où émanaient tons les dieux et Y. 5

abject anthropomorphisme. Dans la fable panthéistique, et par conséquent très-raflGinée , du massacre de Bacchus par les Titans qui le font bouillir dans une chaudière , Jupiter est attiré par la fumée du repas qu'on prépare : ce n'est que lorsqu'il connaît la victime, qu'il foudroie les Titans et fait enterrer les membres épàrs de Bacchus par Apollon (i). Les moindres rites étaient susceptibles de plusieurs sens; les rameaux portés dans les Thallophories signifiaient tantôt le souvenir des premiers aliments de l'homme, tantôt la découverte de l'olivier par Minerve , tantôt le rapide déclin de la vie, figuré par la branche desséchée. Dans les mystères cabiriques , les deux premiers Gabires étaient des dieux populaires, des dieux sacerdotaux et de symboles, tantôt métaphysiques, tantôt cosmogoniques (2). C'était pour cela qu'on disait qu'un des secrets des mystères consistait à révéler que Castor et Pollux n'étaient pas des dieux. Ceux d'Adonis étaient astronomiques (3) ,

toas les êtres ; 30 un système astrônomiqae , où les astres e'taient divinisés, et qui pouvait être venu d'Egypte; 3» une combinaison de ce système avec des pierres animées par les astres et soumises à leur action , notion étrusque , qui établissait entre Tastrolàtrie et Tadoration des pierres une liaison semblable à celle qui unissait en Egypte les astres et les animaux; 4^ une hiérarcliie d'êtres intermédiaires, depuis l'unité suprême jusqu^à Thomme; 5° enfin une doctrine de peines et de récompenses à venir.

(i) CLéu. d'Alex. , dans Eusebb, Prép. évang., 9. . (a) V. ce que nous avons dit des Cabires, t. II , p. 43o-434« (3) Magrob. Sat. I, ai. Dupuis, Orig. des cultes , III, 47^'

Page 1