‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 25 sur 67 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De V Objet réel du secret des mystères.

Au milieu de cette accumulation de doctrine^i et de révélations incohérentes , on a souvent demandé quel était l'objet du seq^et dans les mystères. Ce secret , nous n'hésitons pas à l'affirmer , ne résidait ni dans les traditions , ni dans les fables , ni dans les allégories , ni dans les opinions , ni dans la substitution d'une doctrine plus pure , en remplacement d'une grossière (i) : toutes ces choses étaient connues. On confiait aux récipiendaires des faits qu'ils avaient ouï raconter ailleurs , des fictions qu'ils avaient lues dans tous les poètes,

(i) u J^ai hoDte, dit Momus, dans l'assemblée des dieux de Lucien, de faire le recensement des singes, des cigognes , des boucs, et de tant d'autres choses plus absurdes encore , que les Ëgyptienà ont , je ne sais pourquoi , fait monter au ciel. Comment poavez-ybus supposer, vous autres dieux, qu*on adore ces êtres ridicules, avec autant et plus de respect que vousT—Sans doute, répond Jupiter, ce que tu dis des Égyptiens est honteux : cependant plusieurs de ces choses renferment des énigmes dont les profanes ne doivent point se moquer. — Vraiment, réplique Momus, je n'ai pas besoin de mystères pour savoir que les dieux sont des dieux , et que ceux qui ont des tètes de chiens sont des chiens, n Ce passage est important, i<^ parce qu'il atteste la figure de plusieurs divinités dans les mystères, et a<* parce qa*on voit les méme^T railleries dirigées contre lec mystères et contre le culte public.

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des hypothèses qui étaient dans la bouche de tous les philosophes. Les courses de Cérès, les malheurs des dieux ^ les combats des Titans , étaient représentés sur le théâtre , gravés sur les marbre , chantés dans des hymnes publics. Les systèmes de cosmogonie étaient contenus dans des ouvrages ouverts à tous les profanes. On n'apprenait point par l'initiation les opinions philosophiques ; mais quand on était philosophe , on les y reconnaissait. Ce qu'il y avait de secret n'était donc point les choses qu'on révélait, c'était que ces choses fussent ainsi révélées , qu'elles le fussent comme dogmes et pratiques d'une religion occulte , qu'elles le fussent progressivement , de manière à laisser toujours en perspective des révélations ultérieures, qui dissiperaient en temps opportun toutes les objections , et qui lèveraient tous les doutes. Ce qu'il y avait de fixe, ce n'étaient point les doctrines , c'étaient les signes et les mots de ralliement communiqués aux initiés , et les cérémonies qui accompagnaient ces comniunications (i).

% (i) Arrien , dans Épictète , blâme un homme qui justiBait sa doctrine, en aiErmant qu'il n'enseignait que ce qui était enseigné dans Jes mystères. uQui, lui réppnd-il, tu enseignes les mêmes choses, mais dans un autre lieu, sans les cérémonies, sans la solennité, sans la' pureté, sans le respect religieux qui les rendent utiles.» SbniqVE { Epist., 9$ ) , en comparant la philosophie à Tinitiation , dit que les préceptes étaient connus des profanes , mais que les plus saintes cérémonies étaient réservées aux seuls adeptes. Peut-être aussi leur apprenait-on quelques noms différents donnés aux dieux.

LIYRIXIII, CHAPITRE YIII. 'jS

Les impies qui furent poursuiyis pour leurs indiscrétions sacrilèges, Diagoras (i), Aristagore (2), Âlcibiade (3) , Andocide (4) , ne furent jamais accusés d'aToir divulgué une doctrine , mais d'avoir contrefait des cérémonies. La même accusation pesa sur Aristote. Aucune pottion de sa philosophie ne fut alléguée contre lui par l'hiérophante , son persécuteur ; mais un sacrifice aux mânes de sa femme , avec des rites réservés à Cérès éleusinienne (5).

(i) Abmtoph. Ayes, 1073-1074. SchoL, ib. Ltsias contr. Andocid. Athbitag. de Légat.

(3) Schol. Aristoph. Nub., 8a8.

(3) Plut, in Alcib.

(4) Ahdocid. de Myst.

P) DioG. Labrt., V, 1-5.

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