‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 28 sur 67 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Que notre manière d'envisager les mystères explique seule la disposition souvent contradictoire des Grecs envers ces institutions.

L'HYPOTHisE que nous ayons entourée d'une évidence qui nous parait ne pouvoir ^ère être contestée, est la seule qui place les mystères sous leur véritable point de vue. C'est aussi la seule qui explique les contradictions qui nous étonnent, quand nous considérons la conduite des Grecs , relativement à ces institutions. D'un côté , des lois rigoureuses menacent quiconque se permet contre les mystères la moindre irrévérence. Ces lois ne peuvent être ni révoquées , ni même adoucies (i) : un tribunal redoutable , composé de prêtres , qui sont à*-la-fois juges et parties, prononcent des peines capitales contre l'indiscret et contre l'impie. Le sacrilège est puni de mort ; ses biens confisqués sont Tendus à l'enchère. On met à prix la tête de Diagoras (2) et celle d'Aristagore (3). Les services les plus éminents rtendus à la patrie, la

(i) Lt8. contr. Andoc.

(a) Lts. ib. Schol. Amstophah. Ayes., 1078 ; Raose , 3a3 ; Nubes, 8a8.

(3) Aaistoph. Nub., 8a8.

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gloire la mieux méritée dans les armes et dans lesr seienees , ne servent pas d'égide. Athènes méconnaît également ce qu'elle doit au bras d'Alcibiade, et aux méditations d'Aristote ; le peuple s'irrite de la lenteur des juges et devance leur sévérité. Eschyle , au milieu des applaudissements qu'obtiennent ses tragédies, est prêts à se voir déchirer par la multitude , pour avoir mis sur la scène des objets mystérieux , ou trahi , par quelque allusion , le secret des mystères (i). Victimes plus obscures , deux jeunes Acarnaniens sont massacrés , en punition d'une faute de même nature (2). Euripide , malgré sa haine contre les institutions de son pays , et ses intentions irréligieuses , distingue avec soin les mystères de Bacchus des Dionysies ^ pour ne pa& encourir une accusation infailliblement funeste (3). Les philosophes ne se séparent point à cet égard du vulgaire ; ils prodiguent aux mystères les plus grands éloges (4). Socrate , qui

(1) De ceux de Cérès; JEukv. Var. Hist., V.

(a) TitbLive. XXXI.

P) Saihte-Croiz, p. 412.

(4) Démêler, dit Isocbatb (Panégjr.), a enrichi nos ajieax de deux inestimables trésors : le blé, grâce auquel nous nous sommes éleye's ao-dessus des animaux; et Tinitiation, qui remplit de douces espérances sur la fin de la vie et sur Texistence de Thomme, ceux qui en reçoivent le bienfait. Comme les dieux sont au-dessus des héros, les Éleusinies sont au-dessus de toutes les institutions établies par les hommes. (Pausah. X, 3i.) En général, toutes les fois que les orateurs , les grands hommes et les sages de Tantiquité parlent de

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p9tfat de sa vit »sfc désapprobatîaii publique de la mythologie pdpulâîpe^ Platon ^ dont tous les écrits tendefit à flétrir cette mjftbologie , ne s'expriment toils deux ^u'aVee un respect profond sur le culte secret.

D'une autre part , noik-seulement la participation' à de certains mystèreé est quelquefois un sujet de blàmie (i) , mais Aristophane insulte à ceux q^sie les Grecs rétèrent le plu», aux Thed[n€|>hories et aux XNonysîaques (2). Le peuple d^Athène» les' soumet à l'inspeetio» desf magistrats ciyik (3). Il se réserve , au mépris .des* déclarations formelles destinées à soustraire à tout adocteissement les lois yes^res^s des mystères , le droit d'a&ntiier les^ jugementa des EumolpideH c<Mitre les profanateurs ; et les sages qui rendent un éclatant bomlâage au sénssublinie de ce» institution» ^ se dé-*robent pourtant à l'honneur d'être initiés (4). Les Romains , qui nOus ont offert , dans un livre précédent^, le spectack de la résista©ée opposée par le génie grec a»x rites ef aux doctrinea dtt sacer-

Hmniortalifé dé Tamé, prîsé cfans lé sens lé p\uè réféié, dtt dé PtniVé àt Iff ]}rdii&ièr(ï c^ts»^ ils foUt de» aDudiotiBr ai» myâtèfetf (l'Eleusis.

(i) Db«*o«th. cont.- Ct^siplion.^

(a) Bergler , Not.'in Aristoph., ad Ran., v. aiS ; Plutus, v. 846- 847. , • .

(3) L* Archonte-roi avait l'inspection des myàtercs ^e Baochnsr, et en nommait les prêtres. Sa femme les présidait.

(41) Soorarte te voulut jjainaiis^ se faire initier.

doce, en agirent envers les mystères avec une défiance plus soutenue et plus implacable. Ce peuple grave et soupçonneux promulgua contré leur in- troduction des édits sévères. Les Bacchanales furent défendues par le sénat (i) ; les Eleusinies ne furent jamais admises ; les étrangers même qui voulaient célébrer par des rites occultes le Bacchus sabazien , en furent empêchés par les préteurs , malgré la tolérance romaine (3) ; et lorsque les armes de la république eurent soumis la Grèce, les peines contre les profanateurs furept fprt mitigées (3).

Ces contradictions paraîtront expliquées , si l'on réfléchit que, d'une part , le sacerdoce grec employait en .faveur des mystères toute son influence , tous ses moyens d'agir sur l'imagination d'une nation mobile et crédule , et que l'esprit général du polythéisme , toujours disposé à recevoir tous les dieux et à célébrer tous les rites , favorisait les efforts du sacerdoce. Les Grecs adoptaient des cérémonies qui venaient du dehors , par le même motif qui leur faisait dresser des autels à des dieux inconnus ; mais le génie national se soulevait contre tout ce qui portait l'empreinte barbare et sacerdotale (4). De leur côté , les philoso-

(i) TiT.-Liv., XXXIX, i5 et 16.

(2) Vit. Ma^., 111,3.

(3) Hestch., Vo EjVowx«ç.

(4) L^opposition des mystères au génie des Grecs frappa de tout

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