LIVRE XIV, CHAPITRE II. 9I
servir , au lieu que les peuplades dont nous nous occupons maintenant furent subjuguées par les tribus belliqueuses qui les envahirent.
Ces tribus étaient, rapporte la tradition, sous la conduite du premier Qdin , roi des Scythes (i), suivant Snorro ; roi des Gètes (2) , suivant Botin : roi des Vandales (3), suivant Eckard (4).
Nous disons le premier Odin ; il y en a eu plusieurs. Odin ou Wodan, comme on sait, n'était qu'un nom générique , ainsi qu'Hercule , Brama , Ôsiris. Ce nom générique paraît au milieu des ténèbres de la mythologie septentrionale comme une grande ombre, autour de laquelle s'agitent et se rassemblent les fables. Toutes les tribus du Nord faisaient remonter à Odin leur origine : leurs rois s'en disaient descendus. On lui attribuait la dé-
(i) Habitant entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne. (Mallet^ Introd., p. 53.) (a) Entre le Tanaïs et le Borysthène, le Don et le Dnieper.
(3) De Orig. Germanor.
(4) Nous laissons de côté la question insoluble de Tépoque de J'invasion d^Odin en Scandinavie. Ceux qui en fixent la date soixante^ dix ou cent ans avant notre ère , confondent le premier Odin avec ceux qui lui succédèrent. ïi est très-vraisemblable que le plus ancien de tous vivait du temps ou avant le temps de Darius , fils ^ d'Hystaspe. Nous écartons de même toute recherche sur la patrie du premier Odin. Suivant Snorro, il régnait sur les Ases, peuples d'Asie , et de-)à le nom d'Asgard, pour sa capitale. Botin, dans son Histoire de Suède, reconnaît en lui Sigge, qui, dit-il, traversa TEsthonie et le Danemarck. Ecxard prétend qu'Odin ne vint point d'Asie , et que Terreur qui l'en fait sortir a pris sa source dans le nom d'Ases, donné à ses compagnons, et qui signifiait seigneur.
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couverte de tous les arts, le mérite de toutes les iofititutioas 'ciyilès et religfieuses.
Ce nom identique , désignât à U fois plusieurs périodes de l'état social et plusieurs indi^mlas qui se sout succédé à de long intervalles, a induit la plupart des écrivains, occupés du sujet que nous traitons, dans une erreur fâcheuse (i). Ils u'ont pas réfléchi que s'il s'agissait des époques , la religion de chacune pouvait avoir été différente , et que s'il n'était question que des individus , chaque Odin pouvait avoir différé de ses prédécesseurs dans ses moyens , dans son but, dans ses doctrines ; ils ont vu dans tous , la réunion du prophète et du guerrier; ils ont fait du premier Odin, comme du second , ou du troisième , car il faut peut-être en compter jusqu'à trois, un Mahomet armé pour fonder une religion , et l'ayant fait triompher par ses victoires.
Le premier Odin ne fut point un inspiré qui établit sa croyance par le glaive. Ce fut un conquérant, auquel ses succès valurent l'apothéose. Il ne devint point guerrier , comme Mahomet, parce qu'il était prophète ; mais il passa plus tard pour prophète , parce qu'il avait été un guerrier
(i) Nous Déparions ici, ni de ceux qui, voulant s'affranchir de toutes les difGculte's, ont pris le parti commode de rejeter entièrement Texistence de tous les Odins, bien qu'ils ne puissent appuyer leurs dénégations d''aucune preuve, ni de ceux qui ont hasardé les conjectures les plus absurdes, prétendant qu*Odin était Priam , Anténor ou Ulysse , et qu'Asgard , sa capitale , était Troie.
LIYHE Xiy , CHAPITRE II. gS
TaîaqueuF ^ et que desi prophètes postérieur» pri* relit le mêoae ikhbl.
Comme les colonies ëgyptiennes aTaîent rénm les fétiches des Pelages , Odin , en poliçant , jusqu'à ua certain point, les hordes sauvages de la Scaudinayie, rassemUa les idoles que ces hordes adoraîentisoiées (i). Une moiOtagnefut leur (Mympe un frêne immense leur ombrage , et , retranchés dans tme citadelle ^ ils se partagèrent ^ comme les dieux des Grecs», les fonctioi» que jadis les fétiches exer^çaient indistinctement. Bsddier dirigea le ehar du soleil, Thor présida aux exploits goerri^FS,^ Freya aux peine» et ^uifx pkâsir» de l'amour.
Cette réy€>iItttM!NB ne s'c^ra point aussi pacifiquentieal qui'en Grèce. La légende de Regner-Lodbrog, auçpielle Sealde païen (2), qpii Fa composée, attribue éyid^dment pfttsietir^des expkiils d'Odio, (ait alluàon à de^ guerres acharnées contre lès adorateurs des yachea et des taureaux. Deux gé^ oisse» vierges^ et b yaohe SibyUa , dont le nem rappelle celle qui, aux Indes, niit les guerriers
(1) Le genre de cette révolution s'accorde trèfi^bien avec Fhypoihèae vraiaenblable que le prenaier. Odin fut antérieur au second de cin^ cents ans^ car les Cimbres de 1» Scandinavie ,. que le seconé Odin raJbjugua , étaient déjà^ dans la deuxième période dt Tétai social, dans la barbarie, et, par conséquent, n'avaient plus pour reUgîon le pur fétichisme. ,
(a) Le pa^msme du poète est prouvé par le mépris qu'il alTeote pouv la veltgion cbrëtienne. l\ écrivait dans u» temps où cette ire* Hgion t]?availbit à ^'établir, et recueillait d'autant plus fidèlemenV les légendes les plus anciennes du polythéisme antique.
de Wischamitra en fuite (i), repoussent longtemps les efforts de Régner , et ses fils ne sont victorieux qu'après sa mort ).
Par une circonstance qui n'avait pas existé en Grèce , et qui était une suite naturelle des victoires du premier Odin, le conquérant , qui avait opéré la révolution religieuse , dut être placé à la la tête des dieux (3).
La gloire qui l'entourait, la terreur qu'inspiraient ses triomphes , lui donnèrent les moyens, non d'imposer aux vaincus d'autres opiiiions que celles qui étaient analogues aux notions de leur époque , ce qui est au-dessus de toute puissance humaine , mais de transporter chez des barbares son- culte, qui était approprié à la barbarie; il profita de l'enthousiasme de ses frères d'armes pour présider aux festins des braves , après leur mort, comme il présidait à leurs exploits et à leurs banquets , pendant cette vie.
Il en résulta qu'en Scandinavie , le premier polythéisme fut la transplantation., dans un pays
(i) V. tv m, p. 319-222.
(a) Dans d'autres fables, au contraire, Regner-Lodbrog €st possesseur de la vache Sibjlia , qui contribue à ses victoires. (V. t. III, p. 260.) Mais cette vache n*en est pas moins une divinité, un fétiche.
(3) Quelques mythologcres ont remarqué qu'il e'tait bizarre que, chez une nation aussi belliqueuse que les Scandinaves , le dieu de la guerre proprement dit n'ait pas occupé le premier rang. C'est qu'Odin Foccupait. Thor était regardé comme son fils. (Riih, Scandin., p. 32-33.)