‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 34 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Révolution dans le polythéisme Scandinave,

Tel était Fétat religieux de la Scandinavie, lorsque, par un éyënement sur les causes duquel les annalistes difiFèrent , le pouvoir sacerdotal s'y établit.

Les uns croient que ce fut par une révolution intérieure. Un des successeurs du premier Odin , disent-ils, ayant voulu engager ses peuples dans une guerre contre les Romains , fut chassé du trône , et un sénat de prêtres s'empara du pouvoir.

Les autres attribuent cette révolution à l'arrivée d'un second Odin , non-seulement , comme le premier, un chef belliqueux, mais un prêtre conduisant une colonie sacerdotale (i).

Ils racontent avec détail le grand changement qui fut son ouvrage (2).

Lors de son arrivée , disent-ils , la Suède était

(i) Ce second Odin naquit, disent les chroniques, à peu près un siècle et demi avant J.-C, sur les bords du Tanaïs. Il se nommait Sigge ; il était 61s de Friddulf. Les motifs de son émigration en Scandinavie furent des défaites dans ses guerres avec les Romains ou avec Mithridate. (Rùh, 35-37.)

(ti) V. ToRFOEus et Saxon le Grammairien.

gouYernée par un roi Dommé Gylfe (i), qui , sur les bruits des exploits d'Odin ^ alla le consulter dégrisé. Leurs entretiens portèrent sur des questions de cosmogonie et de métaphysique , ce qui annoncerait la réyëlation de dogmes symboliques et scientifiques. Gylfe donna sa fille à Skiold, fils du conquérant; mais il disparut tout à coup. Ne serait-ce pas un indice d'une révolution opérée par le prêtre étranger contre le pouvoir politique (2) ? Gylfe est précisément celui qui , dans une saga , se vante d'avoir brisé la massue d'un dieu. Plusieurs traditions , en efiPet, trahissent une lutte. Saxon le Grammairien raconte qu'en l'absence d'Odin, un compétiteur, qui usurpa son nom et sa puissance, renversa le culte établi, abolit les fêtes où l'on honorait tous les dieux ensemble, et les remplaça par des rites spéciaux en l'honneur de chaque divinité (3). Ne reconnaît-on pas à ces traits un effiort du polythéisme libre qui adore

(i) Ce nom de Gylfe est cause d'une confusion grave dans les traditions. I) est donné tour à tour au chef du gouvernement temporel, renversé par le second Odin , et au président du sénat des dieux, n est évident qu'on a supposé deux individus de ce même nom , oa qu'il a été transporté de l'un à l'autre , sans que les historiens les aient distingués.

(a) Un écrivain danois, M. de Wedel-Jarsberg, dans son Essai nir l'ancienne histoire des Gimbres et des Goths scandinav iens (Copenhague, 1781), prétend, comme nous, que le second Odin dont il fait le troisième, était un grand-prêtre qui détrôna Gylfe, le chef du gouvernement. l\ appuie son opinion sur une foule d'autorités, tirées des chroniques islandaises.

(3) Sax. Grahmat., lib. I.

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isotémeot ses idoles, coatre la tendance saeérdotalé qui fait de ses divinités un ensemble? Odis revenu, continue Saxon (i), tua son rival, dégrada les dieux dont il avait relevé lès autels , et bannit les magiciens ses complices. Or, nous avons remarqué déjà que les cultes vainqueurs proscrivent • toujours , comme magiciens , les pontifes des cultes vaincus.

Le souvenir de cette lutte semble avoir passé de l'histoire dans la mythologie ; c'est ce qui ar*riva chez tous les peuples. Odin , chassé par un autre dieu , rentre daus le Yalhaila au bout de dix années , met son compétiteur en fuite et ressaisit les rênes de l'univers (3).

Ne pourrions-nous pas aussi démêler dans les géants et les nains, auxquels les légendes assignent, au fond des antres et des cavernes , une place à la fois subalterne et malfaisante, les adhérents de l'ancienne religion, cherchant un asile au haut des montagnes et dans les cavités des rochers?

Quoi qu'il en soit de ces deux hypothèses , dont l'une doit nécessairement être admise , le sénat des dieux devint encore une corporation semblable à celle de la Perse et de l'Egypte. Les Drottes furent à la fois des prêtres, des juges et des législateurs (3);

(i)/rf., iii). m.

(a)SÂx. GRAMM.,lib. m.

(3) La division de Tordre sacerdotal, chez les Scandinaves, diaprés rinstitution du second Odin , ïressemblatt parfaitement à celle des

LITRE XIY , GHAPITIE III . I O f

on les appela dieux ^ et leurs paroles^ paroles dî» viaes (i). Us dominèrent les rois, les déposèrent , leur otèrent la vie (2) , régnèrent à leur place , étendirent leur autorité sur. les individus, fixèrent la croyance, la maintinrent par des châtiments sévères , frappèrent les incrédules d'exil ou de mort (3). Payés d'abord par un impôt levé sur tout le peuple (4), ils envahirent bientôt de vastes domaines.

Ainsi que les Druides dans les Gaules , ils s'emparèrent du monopole de la poésie. Les Scaldes, qui depuis le premier Odin chantaiept en liberté les actions des dieux et les exploits. des braves, soumis désormais par des initiations subalternes à Tordre des Drottes , furent subdivisés en plusieurs classes, dont chacune eut sa sphère tracée, ses révââtions déterminées , son jéchelon marqué , saas qu'il fût possible de monter plus haut. Les

Druides. Les Droite» proprement diu, comme le« Druides supërieors, étalent chargés exclusivenaen^ de ce qgi coocernait la religion, la doctrine mystérieuse et la justice. Les Scaldes, comme les Bardes , chantaient les hymnes et les hauts faits des héros , et les Tyrspakurs , ainsi que les Eubages de Stbabov dévoilaient ravenir. Freya avait aussi des prêtresses qui gardaient le feu sacré. Mallet (Introduct. , p. 67) prétend que tout Tordre sacerdotal était héréditaire. Le tribunal des Drottes siégeait à Sigtupa , ville aujourd'hui détraite, alors la capitale de la proyiDce où Stockholm est bâtie.

(i)Rùh, p. 123-124.

(a)V. t. IV, p. an.

(3) Nous avons dit ailleurs'qu'un^Norwégien fut condamné au bannissement pour avoir nié la divinité de la déesse Frigga. (Mallet , Introd. ,98.)

(4) Cet impàt s'appelait nefgioeld, nae^att. (Sadaec STonLEsao».

chants héroïques devinrent des chants religieux : mais comme TasserTissement des Scaldes ne leur enleva par la mémoire , ils confondirent souvent les deux cultes^ et de là le mélange de traditions^ de dogmes et de doctrines qui nous importune.

Toutefois en dépit des réminiscences poétiques, la religion Scandinave change de nature. Elle ne perd point son empreinte belfiqueuse : le premier Odin l'avait trop profondément gravée dans Tame de ses sectateurs, et l'âpreté de leur climat, leur avidité de richesses , qu'ils ne pouvaient conquérir que le glaive en main , ne leur permettaient pas d'oublier les leçons de leur maître. Aussi le dieu qui ordonne les combats , et qui a pour fils celui qui est spécialement chargé de la guerre , Odin continue à tenir l'univers sous son empire. Il préside aux naissances, aux mariages, à la mort. Ses prétresses aux voix prophétiques se précipitent dans la mêlée. Mais les guerriers n'en sont pas moins soumis aux pontifes, et ces derniers décident des entreprises, donnent le signal des expéditions , concluent les traités de paix qui ne sont que des trêves.

En même temps, ils introduisent en Scandinavie , ils enseignent, ils imposent tous les rites ^ tous les symboles , toutes les doctrines que nous avons rencontrées chez les nations soumises aux prêtres (i).

(i) La ressemblance de la religion des Scandinaves et de celle des

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