‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 40 sur 67 · LIVRE XIV , CHAPITRE m · texte numérisé non relu

LIVRE XIV , CHAPITRE m

le chagrin^ le néant, le désespoir, le gouffre, la tempête , le tourbillon , le rugissement , le hurlement et l'abîme (i).

Si de ces traits généraux nous voulions descendre à des détails presque minutieux , nous montrerions , entre les Eddas et les livres sacrés des autres nations soumises aux pjêtres, des conformités qui prouvent l'origine et la mission du second Odin. Ainsi , quand Igdrasill est proclamé le premier des arbres , Skithbladner des vaisseaux , Odin des dieux, Sleipner des chevaux, Bifrost des ponts, Bragi des poètes, Habrok des éperviers, Garmur des chiens, qui ne songe à Grishna, se proclamant le premier de chaque espèce (2) ? Le Sigurd des Nibelungen , tradition non méconnaissable des E4das , ne peut être blessé qu'entre les deux épaules, comme la divinité indienne n'est vulnérable qu'au talon. La vache OËdulma est la vache féconde , créée par la réunion de tous les dieux (3). La fable de . L'enlèvement du breuvage poétique par Odin, et de ses combats avec le géant 8 uttung , est évidemment calquée sur celle de l'Amrita et des querelles des dieux et des géants, pour la possession de ce trésor qui confère l'immortalité. Odin qui , lors du Ragnarokur , se régénère au sein des flammes, diffère peu desBrach-

(1) Edda , r« et 6« fables.

(3)T. III,p. 179,

mânes avides de ce moyeu dé purification dès le temps d'Alexandre , et dont le sacrifice a été fréquemment renouvelé par les Bouddhistes.

L'arrivée d'un second Odin, prêtre, prophète et conquérant à la fois , explique, et nous ajouterons qu'elle explique seule les contradictions qui nous frappent à la lecture des Eddas. (i)- On comprend alors comment Odin, appelé sans cesse le père de toutes choses , le dieU suprême , Tétre éternel , est pourtant condamné à périr un jour , en donnant la mort au mauvais pirincipe. Ce dogme est inconciliable avec la fondation du culte antérieur par le premier Odin , et ne s'accorde point avec son apothéose. Se serait-il annoncé luimême comme une divinité passagère? Aurait-il prédit le renversement de son propre empire?

Aurait-il inventé ce terrible Ragnarokur , ou crépuscule des dieux , qui devait l'anéantir avec l'univers? Mais le dogme de la destruction du monde «st un dogme favori du sacerdoce , et nous avons expliqué pourquoi les religions qu'il domine en-

(ij Un savant allemand , nomme Graeter, auteur d'un journal intéressant (Bragur et Hermode) sur les antiquités islandaises , remarquant , dans le sens cosmogonique des fables Scandinaves , plusieurs traits de ressemblance avec les doctrines des philosophes grecs , notamment Heraclite et Mélissus , en a conclu que le second Odin avait eonnu les sages de la Grèce : mais, outre que ce système aurait toujours besoin de l'hypothèse que nous pre'sentons, pour rendre compte de la transplantation de ces doctrines en Scandinavie , il ne repose que sur des analogies qui ont dû naitre partout de l'observation des phénomènes les plus ordinaires , puisqu'elles se rapportant

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