LIVRE XY) GHAPITAE I. Ï2g
maintiennent stationnaires; les autres , indépendantes de toute corporation , et se perfectionnant progres$ivement«
L'homme peut se trouver sous l'empire de l'une ou de l'autre de ces formes.
Une troisième hypothèse serait celle où les deux formes seraient repoussées.
Cette hypothèse est-elle admissible? nous ne le Pensons point. Historiquement , nous n'en voyons d'exemples nulle part. Psychologiquement , l'existence du sentiment religieux nous semble y mettre obstacle.
Les Romains se croyaient dans cette situation vers le premier siècle de notre ère (i).
Trois cents ans plus tard , les convictions religieuses avaient pénétré de nouveau dans tous les esprits^ la foi reconquis toutes les âmes.
Nous pensions également, en France, il y a cinquante ou soixantes années , être parvenus au déclin de tout ce qui n'est pas susceptible de démonstration, et beaucoup de circonstances avaient conspiré à nous y pousser.
Une dévotion qui avait eu pour objet bien moins la Divinité que le monarque , se débattait sur son tombeau , chargé des malédictions du peuple. Le temps n'était plus où madame de Sévigné aurait voulu mourir pour la présence réelle (2) , parce
(i) T. I, \iv. I, ch, 6.
(a) Lettre 640, edit. de Grouvelle,
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qu'elle avait dansé avec le grand roi. Les dogmes encore consacres^ les idéesdëjà victorieuses^ étaient en lutte, parce que toute proportion était rompue. Des souvenirs de persécution, des persécutions mitigées par le caprice , irritaient les intelligences. Le pouvoir , en contradiction avec lui-même, sévissait par routine contre des principes qu'il affichait par vanité. La liberté de la pensée était le besoin des esprits élevés ; la licence des mœurs tenait les âmes corrompues ; et comme on avait donné pour base à la morale une religion positive, la chute de cette religion favorisait la licence.
Un clergé intolérant dans ses actes, mais insouciant de ses doctrines , et déconsidéré par la conduite d'un grand nombre de ses membres, imprimait au culte dominant une teinte à la fois odieuse et frivole , mélange incohérent qui prétait au ridicule, tout en soulevant l'indignation. Des ministres des autels écrivaient d'obscènes romans, et se glorifiaient d'une vie mondaine, au moment où Raynal et Rousseau étaient proscrits , Helvétins inquiété , et où le sacerdoce menaçait Voltaire, jetant un regard mécontent sur Montesquieu, un regard défiant sur Buffbn , qu'il eût traité volontiers comme Galilée.
Et qu'on ne fasse pas valoir les adoucissements apportés de fait aux rigueurs apparentes. Cette inconséquence nuisait à la religion. On la méprisait davantage, sans la haïr moins. Le dédain se réunissait à l'hostilité. L'on achevait de perdre