‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 49 sur 67 · LIVRE XV, GUAPITIUE I. iSï · texte numérisé non relu

LIVRE XV, GUAPITIUE I. iSï

toute conviction, en voyant que rien n'était grave pour personne • que les professions de foi , les pratiqués, les sévérités même n'étaient que des formes mensongères , avec Findifférence au fond*

La révolution est survenue. On eût dit le triomphe de la philosophie incrédule. C'était, dans ce qui a rapport aux notions religieuses (nous ne parlons pas des crimes , dont il ne faut accuser aucune doctrine , car la religion elle-^méme serait .souvent accusable) , c'était , disons-nous , l'incrédulité professée hautement, reçue avec faveur. Quarante ans se sont écoulés : examinez où nous en sommes. Ce qui est usé s'écroule sans doute ; ce qui est mort né peut renaître : mais une agi-» tation mystérieuse, un désir de croire, une soif d'espérer, se manifestent de toutes parts. Partout vous discernez des sectes paisibles , parce que le siècle est paisible , mais enthousiastes , parce que le besoin d'enthousiasme est de tous les temps* Contemplez ces méthodistes anglais , ces Momiers de Suisse ; à Genève, ces habitans des cimetières, voulant à tout prix renouer la communication avec le monde invisible , et lé commerce avec les morts ; en Allemagne , toutes les philosophies imprégnées de mysticisme. En France mênie, où la génération la plus positive , s'emparant de la terre, semblait naguère vouloir s'y concentrer, s'élèvent, du sein de cette génération sérieuse et studieuse , des efforts isolés , secrets , mais qui protestent contre la tendance matérielle, tradition aujour-*" d'hui , plutôt que système.

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Cette disposition des esprits en jette plusieurs dans des inconséquences bizarres. Pleins de respect pour toute opinion religieuse quelle qu'elle soit , ils louent Mécène d'avoir exhorté Auguste à honorer et à faire honorer les dieux , bien que ces dieux fussent ceux du paganisme , et qu'une manière de les honorer fût de livrer les chrétiens aux bêtes. Ils parlent presque avec la même vénération de l'eau bénite et de l'eau lustrale ^ de Memphis et du Vatican.

Il y a , dans tout cela , des parties d'extravagance : mais l'extravagance a une cause. Le mouvement qui survit à la mort apparente prouve que le germe n'est pas privé de vie!.

Et remarquez comment l'instinct de cette rénovation saisit nos prosateurs et nos poètes. A qui demandent-ils des effets P à l'ironie , aux apophtegmes philosophiques, comme Voltaire? Non : à la méditation vague, à la rêverie, dont les regards se tournent toujours vers l'avenir sans bornes et vers rinfini. Beaucoup se perdent dans les nuages : mais leur élan vers les nuages^^^ )une tentative pour approcher des cieux. Ils sentent que c'est ainsi que s'établira leur correspondance avec un public nouveau, public que l'incrédulité fatigue, ^t qui veut autre chose , sans savoir peut-être encore ce qu'il veut.

L'absence de toute conjecture , de tout sentiment , de toute espérance religieuse , l'incrédulité dogmatique sont donc impossibles pour la masse de l'espèce humaine.

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Observez que nous ne parIons> ici que de Iliicfédulîté dogmatique. Nous ne la confondons point avec le doute. Nous concevons le doute autant et plus que personne (i); mais le doute n'exclut point le sentiment religieux. Le doute a ses dédommagements , il a ses vœux et son espoir; il n'enferme pas l'homme dans un cercle de fer ^ où il se débat avec terreur et avec angoisse. Du sein de l'obscurité qui l'enveloppe , le doute voit s'échapper des rayons lumineux , il se livre à des pressentiments qui le raniment et le consolent. Loin de repousser, il invoque. Il ne nie pas, il ignore; et tantôt échauffiée parle désir, tantôt empreinte de résignation, son ignorance n'est pas sans douceur^ Mais la négation de toute puissance supérieure à nous , de toute communication avec cette puissance, de tout appel à sa bonté et à* sa justice contre l'injustice et la perversité ^ le renoncement à un monde meilleur que le nôtre , à un monde de réparation et de pureté , aucune société ne s'en contentera «

Il faut donc en revenir à Fun des deux états compatibles avec notre nature , la religion imposée, la religion libre.

Lequel des deux est le meilleur?

Llnde, l'Ethiopie, l'Egypte, la Perse offrent

(i) For me Iknow nougïit, nothing I deny , Affîrm , reject , conteud , and , what know you ?

Lord Btron.

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l'exemple du ^emier de ces états. Tout progrès est interdit à l'intelligence ^ tout ayancement est un crime^ toute innoyation un sacrilège. La religion ne dépose point les hideux yestiges du fétichisme , la figure des dieux reste informe /leur caractère yicieux. La morale est faussée , la liberté proscrite, le crime ordonné. Vénale à la fois et menaçante, la religion, prodigue de terreurs, est ayare de consolation. Celles qu'elle accorde , elle les yend. Froissée entre les mains de ses maîtres, ayilie dansl'ame de ses esclayes, elle est{>our les premiers un instrument qu'ils dégradent , pour les seconds, un joug qui leur pèse. Objet de calcul sans boone foi , ou d'obéissance sans examen, elle corrompt ceux qui en profitent, comme ceux qu'elle opprime. Elle condamne la crainte à rhypoerisîe, et traîne au supplice la sincérité, donnant une prime à ce qui est abject , et réser-^ vant le châtiment au courage.

Une caste oppressîye exige successiyement de l'homme le renoncement à ses penchants , à ses afiections , à ses yértus , à son intelligence. Elle applique à la croyance le même principe qu'à tous les autres genres d'offrandes. La foi deyient d'autant plus méritoire , que le dogme qui la réclame est plus difficile à croire ou à comprendre. Le sentiment religieux, dans son exaltation , fayorise cet exigence du sacerdoce. Il se plaît à immoler à son dieu ses facultés les plus précieuses. Le même fanatisme qui a obtenu du père l'holocauste de son

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