‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 50 sur 67 · LIVRE XV, CHAntRE I. i · texte numérisé non relu

LIVRE XV, CHAntRE I. i

enfant , de la vierge celui de la pudeur , oi>tient que la raison suicide s'abjure elle-même. L'erreur ou la vérité, n'importe , sont égralement imposées. L'homme et ses facultés disparaissent : il ne reste que le prêtre et ses calculs.

Ajoutez à tous ces fléaux l'esprit de persécution^ conséquence inévitable d'un pareil système. Voyez chez le peuple le plus doux de la terre , le massacre des Bouddhistes ; chez les Égyptiens , l'oppres^ sion des Hébreux.

Tel a' été, pour les temps anciens^ l'effet du principe stationnaire dans la religion.

Nous ne voulons rien exagérer. Nous ne pr^ tendons nullement que le sacerdoce ait été l'auteur de tous les maux qui ont pesé sur le monde. De» causes nombreuses et de diverse nature, exté* rieures ou intérieures, fortuites ou permanentes, ont souvent et puissamment réagi. L'aristocratie des guerriers a, jusqu'à uà certain point, contre* balancé le pouvoir des prêtres; comme le despotisme des rois a détrôné plus tard l'aristocratie guerrière, et comme aujourd'hui l'industrie renverse le despotisme des rois. Mais en €st-il moins vrai que le sacerdoce à toujours entravé cette extension des droits et des jouissances, se . communiquant d'une caste à l'autre , et enfin de tous les privilégiés à l'espèce entière? C'est là ce que nous aflSup-mons; c'est là ce que prouve l'histoire. Nous accordons à toutes les causes qui ont déterminé le sort de l'homme , leur part d'influence : mais ,

consacrant nos efforts à décrire l'une des plus actives , nous avons dû peindre ses effets avec vérité. Des littérateurs, hommes distingués, nous ont objecté qu'à une époque où les prêtres étaient la portion la plus éclairée des sociétés , il était naturel et juste qu'ils leUr servissent de guides. Nous ne le nions point. Nous avons reconnu que , chez les sauvages , le sacerdoce a fait quelquefois du bien (i). Mais les écrivains auxquels nous répondons n'ont , à ce qu'il nous semble , envisagé qu'un côté de la question. Sans doute, il est naturel et juste que les intelligences supérieures marchent à la tète des associations humaines , bien que nous considérions la chose plutôt comme un fait que comme un droit; si l'on en fait un droit, les plus forts se diront les plus intelligents, et opprimeront le reste* Pour que le système de l'aristocratie intellectuelle ne devienne pas aussi funeste que tout autre système aristocratique , il faut que sa puissance se borne à la persuasion , à la communication des lumières , sans moyens politiques ou coercitifs. Quant la supériorité de l'intelligence réclame l'appui de l'autorité , elle sort dé sa sphère, elle s'attribue des droits contestables. Ce genre de supériorité pouvant toujours lui être disputé , elle arrive à des mesures de vexation qui ne la rendent guère moins odieuse que les forces maté-: rielles et aveugles. Nous reconnaissons que lors-

(i)V. t.I, liv. II,ch.6.

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