‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 53 sur 67 · LIVRE XV, CHAPITRE II. î · texte numérisé non relu

LIVRE XV, CHAPITRE II. î

Rien de plus évident. Mais de cette évidence en résulte une autre ; c'est que , tant que la religion servira de prétexte à l'existence d'un c^ps chargé

contraire, tenus de se conformer au culte de la cité. Les lois de Triptolème et de Dracon défendaient, sous peine de mort, toute déviation de la religion publique {Porphtr. de Abst., IV, où il cite Hermippe, de Legislator., I, II, Joseph, contre Apioit, II, 87), et les Athéniens prêtaient serment de se soumettre à cette disposition. (IsocRAt. , Panath. STOBis^) Nul n*avait la liberté d'adopter un culte étranger , bien que ce culte fût autorisé pour les étrangers qui le pratiquaient. Ces étrangers eux-mêmes devaient rester fidèles à la croyance de leurs ancêtres. Julien , dans une épître aux habitants d'Alexandrie, établit ce principe du polythéisme. Ce qu'il reproche, le plus amèrement aux chrétiens , c'est d^avoir abandonné la religion de leurs pères. Il les appelle de faux Hébreux révoltés , et juge les Juifs avec plus d'indulgence. Platon déclare légitimes les accusations d^impiété. Il ne faut pas, dit-il, qu'on souffre lés incrédules. Jusqu'ici > nous connaissons plus d'un moderne qui sera de cet avis; mais il ajoute : On devra rendre un culte aux planètes, et ceux qui oseront soutenir que les planètes ne sont pas des dieux, devront être punis comme impies.. Ici les inquisiteurs de nos jours se sépareront de Platon. C'est ce qui arrive à tous les hommes qui adoptent la légitimité de Tintotérance. Ils s'a>;cordent dans la persécution des opinions contraires aux leurs, et se divisent sur celle au nom de laquelle ils veulent persécuter. Les Romains n'étaient pas plus tolérants. « Separatim nemo habesse Deos neve novos , neve advenas, nisi publiée accisos, privatim colunto. )> (Loi des Douze Tables, citée par Cicénov. ) u Ne qui, nisi romani dii, neuquo alio more quam patrio colerentur. v (Liv. IV, 3o). « Quoties , dit le consul Poslfaumius, hoc patrum, avorumque œtate negotium datum est magistratibus , ut sacra externa fierî vetarent, omnem disciplinam sacrifîcandi , prseterquam more romano , abolererit. •>» ( Ib. XXXIX, 16; V. aussi IX, XXVI.) Les premiers philosophes qui aient adopté les principes de la véritable tolérance sont les nouveaux platoniciens. C'est que la religion positive touchait à son terme. Nous ne pouvons nous empêcher, en finissant cette note , de nous féliciter du service que nous a rendu Tun de nos critiques les plus hostiles, en reconnaissant que notre manière d'envisager la religion

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de l'enseigner et de la maintenir, le dogmatisi;ne religieux aura , suivant les pays et suivant l'époque, ses exils, ses cachots, sa ciguë ou ses bûchers.

Les raisonnements qui , sous ce point de vue , justifient la mort de Socrate , iraient bien plus haut, si nous le voulions. L'auteur du Traité sur les lois de Moïse s'est lancé dans cette carrière hérissée d'écueils , nous ne l'y suivrons pas. Mais le principe admis , la religion de l'état transformée en loi , les conséquences qu'il en déduit ne sont pas contestables. Pour les éluder , il faut supposer les juges reconnaissant la mission divine. Alors eux-mêmes auraient été des ennemis de l'ordre établi , des rebelles punissables par les lois. Ce n'est point sur eux , c'est sur ces lois que le reproche tombe. Ce sont ces lois qu'il eût fallu abolir •

Si nous avions pu traiter ici de l'ensemble du polythéisme romain, nous aurions fait ressortir

est identique au fond avec celle de M. Cousin. L^auteur da Catholique ( XXXIII, 35 1-358 ) , en analysant le cours de philosophie de cet illustre professeur, s^exprime en ces mots : <c La religion na- >i turelle n*est pas l'instinct de la nature traversant le monde et )t Balançant jusqu^à Dieu. Le système de M. Constant se trouverait >i au bout de cette théorie. Le culte , dit M. Cousin , est la réalisait tion du sentiment religieux. C'est précisément ce que M. Constant, » dans sa haine contre le sacerdoce , a prétendu naguère, n Cependant , M. Cousin et nous , e'tions partis de bases très-difiërentes. l\ aamire les grandes corporations sacerdotales de Fàntiquite , nous les détestons. Mais ' les hommes de bonne foi finissent toujours par se rencontre^'.

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plus clairement encore les cuites funestes du prin* cipe stationnaire, bien plus solennellement €on* «acre à Home qu'en Grèce. Sans doute , et nous le ' démontrerons ailleurs, le polythéisme romani était ^ sous plus d'un rapport v^upérieur dans sa partie morale à la religion grecque. Mais tout ce qui a été vicieux, oppressif, férpce (i) dans cette république aristocratique, n'en doit pas moins être attribué aux traditions religieuses, perpétuées malgré la marche de la civilisation*

La servitude des plébéiens , errants sans pa-»-

trimoine, privés d'asile, sur le sol qu'ils avaient

conquis^ dépouillés de tout droit réel, et n^âri^a"-

chaot à leurs tyrans quelques institutions défen*'

sives , qu'i^ se révoltant contre des lois sanction***

nées par des souvenirs sacerddtauivnnterdiction

des mariages M.tre les deux oniréa, cette iconti-

nuation à peine adoucie de la division en' cailte^»^

la privation d'^e- part égale auk cérémonie* du

culte, tout ce-qui, en froissant les intérêts, en

blessant l'orgueil légitime, préparait des convul-^

sions sans tenme et sans remède, fut la> suite du

(i) XJne anecdote curieuse montre le ' sacerdoce romaiiV) mém^ dans un temps où les lumières comBattaient son influence ,' r«zer^ çant aux, dépens d^s a;fèotions' les plus c^èi:es et éés ^çyioirs les plus sacrés. Sylla célébrait dés jeux en l'honneur d^Hercule. Métella, sa femtne , tomba daiiger«usement malade. Les préttés déclarèrent qa'il ne lui était permis, au moment où il s'occupait. d*une cërém<^ nie religieuse,; ni de voir sa femme, ni de la laisser mouftir dans su maison. Il la répudia, on la porta dehors eij^piràn te, et il lui fit CQsuite de magnifiques funérailles. - '

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principe stationnaire. Grâce au patriotisme de ces plébéiens si maltraités , Rome eut sa période de •gloire; grâce à l'énergie machiavélique d'un sénat despote au-dedans, redoutable au-dehors, mais dont les discussions servaient toutefois à entretenir le mouvement sallitaire de la liberté politique , bi^iï que concentrée dans un monopole, Rome eut son temps de force et de stabilité.

.j^ Mais rie principe stationnaire avait déposé dans Isa constitution religieuse et civile un germe de destfùctiôij.

^ Précisément parce que la politique romaine «'était emparée de la religion , et en repoussait toute nouveauté , pour que l'instrument restât plus sûrement dans sa dépendance, la reli^on, en tant qu'immobile^ perdit son principe de vie , là perfectibilité, et en tant qu'esclave, sa puissance réelle, la conviction.

On ne crut plus à rien, parce qu'il fallait tout croire. Rien ne fut respecté , parce qu'on recoi)nut partout le calcul. Ce fut parce que les augures employaient à gouverner Rome utne dfvinatioa décréditée , qu'ils ne pouvaient se rencontrer sans sourire ; et ce sourire était l'avant-cpureur infaillible de la perte de la religion.

Nous avons dû nous interdire ces développements, et nous borner à ce que nous avons exposé plus haut du mélange de l'héritage étrusque et de l'influence grecque. Les époques qui 'ont suivi appartiennent à un second ouvrage.

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