‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 54 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Que la pureté de la doctrine ne diminue en rien les dangers du principe stc^Hannaïre dans la religion.

Peut-être serait- on tenté de croire que la pureté dans la doctrine , ou l'humanité dans les préceptes, dégagée le principe que nous combattons du poison qu'il renferme. Ce serait une erreur.

La conservation forcée d'une doctrine religieuse, fixe et immuable, entraîne des conséquences identiques, quelle que soit la doctrine en elle-mém^. Sous une forme bien plus épurée que le polythéisme, les catholiques se sont montrés implacables contre les réformateurs, les réformateurs contre les sociniens, et les sociniens n'auraient pas été sans doute plus indulgents pour ceux qui auraient nié la mission humaine du prophète dont ils niaient la divinité. Le cardinal de Lorraine a fait tuer Coligni ; Calvin , qu'aurait fait brûler le eardinal de Lorraine, a fait brûler Servet. .

* Considérer une religion comme ne pouvant

I/fS ?£ LA RELIGION^

jamais être améliorée , c'est la déclarer la seule bonne , la seule salutaire. Dès-lors la faire adopter à tous devient un impérieux devoir. Non-seulement il est permis , mais il est ordonné d'employer à cette œuvre pieuse les moyens de force, si les moyens de persuasion ne suffisent pas (i).

Si l'autorité politique se joint au zèle religieux poqr la perpétuité de la foi , et , le principe une fois admis , elle doit s'y joindre , elle investit nécessairemeùt le sacerdoce de ces moyens de force. De là , l'introduction d'un pouvoir matériel-dans

j[i) Tout^ religion, positive, toute forjne imniuable conduit, par une route directe, à l'intolérance , si Ton raisonne conséquemment. u L'intolérance, dit un auteur italien, l'intolérance que ceux qui }) veulent tolérer Terreur nomment une terrible doctrine, et le 31 désir de convertir toutes les nations t, senties deux plus beaux s caractères du christianisme , et malgré les clameurs des profanes 7t irrités j nous n*avôns pas lieu d'en rougir. Je voudras savoir » comment on ose nier que , puisque la vérité qui fait le bonheur it de cette vie et de Pautre a été enfin découverte, c'est une noble , )i humaine et sociale entreprise de la répandre, et de la transplan- » ter partout , et de ici défendre contre la fourberie et les attaques » de ses* ennemis, d'abord par la persuasion , ensuite , quand la }i persuasion est sans effet , par toute la force du magistrat et des n lois. Tel est Tesprit de conversion et d'intolërànee du christia'* » nisme; s'il est juste de corriger, de réprimer et de punir ceux qui )t avaûcent dés doctrines contraires à Téiat, pourquoi serai t>il injuste *> et cruel d*en faire autant pour le bien du christianisme, qui, • d'après les témoignages des écrivains profanes eux-mêmes^ est le » plus grand bien que les hommes puissent donner on recevoir , le 3t meilleur de tous les systèmes , et, même pour cette vie , la source >» Ib plUiB pure et la plus vraie de la félicité terrestre et sociale! » (Histoire critique des révolutions de la philosophie dans les trois derniers siècles, par Appiano fiuonafede, général des Célestins, sous le nom d'Agatopisto Oromazziane. T. V, p. 55.)

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