‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 55 sur 67 · LIVRE XV, GHAMTftE ÎU. l^g · texte numérisé non relu

LIVRE XV, GHAMTftE ÎU. l^g

le doiaciaiîie de la coœcieace^ de la les^persécu*tioD8 et les supplices (i).

Mais ce n'est pas k seul danger»

Dès que le sacerdoce est parveûu à former «ûe alliance avec la puissance politique , il s'appUqiie à la fortifier, à raffranchir de toute autre rësistancQ que celle qui viendrait de lui ; et le despo^tisœe temporel est la suite inévitable du despo^ tisme des prêtres. Les mages , consultés par les rois de Perse , applaudissaient à leurs incestes , et les proclamaient au-dessus des lois. Toutes les fois que le sacerdoce a eu pour pomplices l'aristocratie ou la royauté , il a prononcé ranathème contre toutes les libertés et les droits des peuples (2). Et, de nos jours encore, lisez les ouvrages

(1) La Charte française, inème améliocée ,, n*e8Jt paa ekenpte de ce défaut. £n déclarant que la religion cathoH(|ue est celle de la majorité des Français, ou elie]déclare un fait qui était inutile à déclarer, ou elle entend donner à cette religion une suprématie indirecte sur les autres, ce qui est un danger éventuel. Heureusement elle consacre plus loin régalité des cultes , ce qui rend les droits de la majorité illusoires ou inoffensifs.

(a) Dans le mojenâge, dit un historien, le clergé déclamait en chaire contre les commune» : il les appelait exécrables. Il s'indignait de ce ique, contre tout droit, des esclaves se dérobaient par force à leurs maîtres, ce qui prouve que si la religion chrétienne a détruit l'esclavage , ses ministres ne l'ont guère aidée dans cette œuvre de charité. Voici ce qu'un écrivain du temps raconte de l'évoque Guilbert : a Inter missas sermonem habuit de execrabilibus-oommuniis, in qùibus ^ contra jus et. fas violenter servi » domiaorum jure se sttbtrahunt. » Le mot de commune lui semblait un mot nouveau et détestable, u novttm.acpessimummomen* » Bucangc , Gl9£s. Verbo Communia.

l5o DE LA KELîeiON)

^e ceux'qui Tôudraient ressusciter la théocratie. La douceur à laquelle le siède -les force ne sert que de voile bien diaphane à leurs regrets , leurs ^apologies, leurs appels à Tinquisition (i). Voyez combien l'indépendance de la pensée , la liberté de la discussion, tout ce qui peut répandre les lumières hors de l'enceinte privilégiée , les blesse et les courrouce (a). Écoutez Bossuet : Pourquoi

(i) Les auto-da-fé , dit Fauteur du Catholique , se célébraient avec une pompe qui nous parait horrible. L'inquisition a été nationale en Ëipagae, elle ii*a pas étcmffé le génie castillan, elle n*a pat empêché les grands poètes , les grands historiens de fleurir dans la Péninsule , elle n*a fait aucun iort à rindiistric (c*est-à>dire que depuis Texpulsion dés Maures, et surtout depuis Philippe II, la population deFEspagne a diminué des deux tiers), les Espagnols ne s'en sont jamais plaints : elle ne s'est. prononcée en général, contre les athées et centre les impies, que lorsqu'ils cherchaient à faire des prosélytes ; elle n'a Jamais tourmenté les consciences et n'a frappé q^e èaeont^^ndu crime. (Cathol., XV, 4a3-4H') Ailleurs, pas un mot de pitié pour Arnaud de Bresse , de la satisfaction de 'ce qoe Serret expie se» erreurs sur le. bûcher , de ee que Savonarole périt dans les flammes, de rapprobfition du gouvernement de Pologne prescrivant la secte entière des Sociniens (Cathol., VI, 4>^'4^i~4^'4^^) * ®^ M. de Maistre qui, en parlant de l'inquisitioB et de ses supplices, les appelle l'exécution légale d'un petit nombre d'hommes, ordonnée |Mir un tribunal légitime, en vertu d'une loi antérieure , donli chaque victime était parfaitement libre d'éviter les dispositions , «t suppute dédaigneusement les gouttes de sang coupable , versée» de loin en loin par la loi ! (Des Sacrifices , p. 43S et 429.)

(2) tt Lire devrait être la prérogative de ces inteUigenees fortes , -» qui , après avoir bien compris , enseigneraient ce qu'elles auraient

> ainsi appris elles mêmes. Les esprits trop feibles pour s'adonner à « des études graves se détériorent en lisant t c'est un acte de folie » que de livrer les trésors de l'intelligence à la merci d'une foule

> avide, qui les dissipe , ct:ne ^ait point les faire servir à son profit.

> C'est un des plus grands crimes que l'on puisse commettre, d'ini-

LITRE Xf ) CnAPITRB III. 1 5 1

commandeot les hommes , si œ n'est pour que Dieu soit obéi (i)? Écoutez ua auteur plus moderne : L'Église est la vraie souveraine; elle juge le temporel^ le condamne ou l'absout, lie et délie dans lés cieux comme sur la terre (a). Ces écrivains seraient aiyourd'hui , s'ils le ppuvaient , ce qu'étaient les prêtres il y a six cents ans.

, Soit. Qu'ils s'épuisent en eqpiphatiqués ou pathétiques lamentations ; qu'ils nomment la servitude dont , après tant de siècles , l'homme a commencé de s'aflEranchir , l'ère primordiale , la législation primitive ; qu'ils déplorent la cessation de ce temps où le monde n'était , disent-ils , qu'un temple : nous ne voyons , dans cette ère primordiale, que l'esclavage , dans cette législation primitive , qu'une révoltante inégalité , une usurpation flagrante, que n'a pu légitimer aucun laps de temps. Ces écrivains ne contemplent que la caste usurpatrice; ils lui vouent leur admiration. Nous fixons nos regards sur les castes opprimées ; nous leur vouons notre intérêt et notre pitié. Ils ne songent qu'à quelques centaines d'hommes , accaparant les trésors intellectuels et matériels

)• tier le yolgaire à la lecture d*écrits sophistiques 9 -où il ne peut T» puiser que de criminelles inspirations, v {Le Catholique , n<* 8.)

Ne dirait-on pas un mage ou un brame , voulant faire verser de Vhttile bouillante dans la bouche de ceux qui parlent^ ou fendre U tète de ceux qui lisent?

(i) Oraison funèbre de la reine d^Angleterre.

(2)LeCatbol.,noXIX,86.

]5^ DE JLA RBLIGICm ,

que la nature avait donnés à tous. Nous pensons aux centaines de millions gémissant dans le dénûmènt , rignoi*ance et les fers ; et si , dans cet échafaudage d'astuce et de tyrannie , nous voyons un temple, c'est te temple de ces divinités malfaisantes, où les sacrificateurs sont quelques-uns, les victimes le nombre immense. Mais quand les victimes ne sont plus agenouillées , les sacrificateurs disparaissent.

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