‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 56 sur 67 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Combien est funeste à la religion même tout obstacle opposé à sa perfectibilité progressive.

Lorsqu'on prétend maintenir intacte une doctrine née à une époque où les hopoinaes méconnaissaient toutes les lois de la nature physique , on arme contre cette doctrine toutes les découvertes relatives à ces lois. Plus le monde matériel nous est dévoilé ^ plus la doctrine se trouve ébranlée. Avons-nous besoin de rappeler l'avantage que les incrédules ont tiré de la physique et de l'astronomie de la Bible?

De même, quand les mœurs se sont adoucies, quand la morale s'est améliorée , n'est-il pas clair que , si l'on veut perpétuer dans la religion le* rites ec les pratiques qui existaient avant cette amélioration et cet adoucissement, une lutte doit s'élever, et que, malgré les triomphes plu« ou moins prolongés qu'une assistance extérieure peut valoir à des cultes dont le terme est arrivé , ces cultes ne sauraient sortir de cette lutte que déconsidérés et décrédités ?

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C'est donc une erreur grave que de supposer la religion intéressée à demeurer immuable ; elle l'est , au contraire, à ce que la faculté progressive, qui est une loi de la nature de l'homme , lui soit appliquée.

Elle doit l'être aux dogmes , ainsi qu'aux rites et aux pratiques. Que sont en e£Fet les dogmes? La rédaction des notions conçues par l'homme sur la Divinité. Quand ces notions s'épurent , les dogmes doivent changer. Que sont les rites et les pratiques ?Des conventions , supposées nécessaires au commerce des êtres mortels avec les dieux qu'ils adorent. L'anthropomorphisme sert de base à cette idée. Les hommes ne connaissant pas réciproquement leurs dispositions secrètes , leurs intentions cachées, ils remédient à cette ignorance, en attachant un sens convenu à des démonstrations extérieures. Cette langue artificielle leur serait inutile , s'ils pouvaient lire au fond des cœurs. Supposer la nécessité de ce langage pour s'adresser à l'Être infini, c'est circonscrire ses facultés , c'est le rabaisser au niveau des hommes, c'est transporter dans le séjour céleste une imitation des coutumes humaines. L'anthropomorphisme disparaissant, les rites sont condamnés à le suivre.

Si les croyances religieuses restent en arrière de la marche générale de l'esprit humain, hostiles et' isolées qu'elles sont , ayant transformé leurs alliés eh adversaires, elles se voient, pour ainsi

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dire, aaaiégém par les ennemis qu'elles se sont créées à plaisir. L'autorité qui peut disperser ces ennemis , ne saurait les vaincre. Ils croissent chaque jour en force et- en nombre ; ils se recrutent par leurs défaites mêmes , et ils renouvellent avec obstination des attaques qui ne peuvent manquer d'aboutir à une victoire d'autant plus complète , ^'elle a été plus long-temps contestée.

Désormais, si l'on veut rendre à la religion le seul hommage qui soit digne d'elle , et l'appuyer en même temps sur les seuls fondements qui soient solides et inébranlables , il faut respecter sa progression.

L'espèce humaine n'a aucun principe plus cher et plus précieux à défendre. Aussi n'en a-t-elle défendu aucun ^u prix de plus de sacrifices et de phis d^ sang. Pareille à la métempsycose des Brames , où les âmes traversent quatre-vingt mille transmigrations avant de monter jusqu'à Dieu , la religion se régénère indéfiniment : ses formes seules , sujettes à la mort , sont , en quelque sorte , comme ces momies d'Egypte, qui ne servent qu'à constater les existences du passé.

Ceci n'implique nullement qu'un peuple doive changer sa religion toutes les fois qu'elle se modifie. Il est heureux, pour ce qui tient à la politique, qu'une nation croie avoir toujours la même constitution , même quand sa constitution s'améliore. C'est ce qui a fait long-temps la force de l'Angleterre, et cette persistance dans la dénomi-

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nation n'est point ua mensonge. Une constitutioix sig^nifie les lois d'après lesquelles une natioù se régit. Qu'une loi de détail soit changée., la canstitution n'en subsiste pasnuHns. La religion signifie l'ensemble des rapports qui existent entre l'homme et le monde invisible. Qu'un dogme âe modifie , la religion n'est pas pour cela détruite. En générât , il faut éviter de proclamer les changement», si la nécessité n'est pas urgente. C'est leur susciter des résistances. Tout se fait graduellement, et, pour ainsi dire ^ imperce|>tiblement par la nature. Les hommes doivent l'imiter. Pourvu qu'il n'y ait point de contrainte exercée' sur les consciences, point d'obstacle opposé à la pratique dea cultes divers, le nom est utile à conserver. Il ne nuit point au fond des choses , et il rassure les esprits susceptibles de s'effaroucher.

Qu'on ne craigne pas non plus de nuire à la divinité de la religion, ou, pour mieux dire, du sentiment intime sur lequel reposent les convictions religieuses. Plus on croit à la bonté et à la justice d'une Providence qui a créé l'homme et qui lui sert de guide , plus il est naturel d'admettre que cette Providence bienfaisante proportionne ^es enseignements à l'état des intelligences destinées à les recevoir.

Cette doctrine seule concilie les idées que les hommes religieux conçoivent de cette Providence avec la nature de l'esprit humain. On ne saurait nier que l'esprit humain n'ait un penchant inviu^

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