LIVRE XV , €flAPITA£ IV. l
cible à rinvestigation et à l'examen. Si son devoir le plus impérieux , si son plus grand mérite était une crédulité implicite ,^ pourquoi le ciel l'aurait-il doué d'une faculté qu'il ne pourrait exercer sans crime ? Pourquoi l'aurait-il soumis à un besoin qu'il ne pourrait satisfaire sans se rendre coupable? Serait-ce pour exiger de lui le sacrifice- absolu de cette faculté ? Mais ce sacrifice le réduirait au rang de pure machine; ce serait ^ comme nousl'avona dit, un suicide moral : le Dieu qui l'imposerait à l'homme reissemblerait plus à t'Amida dé ces idolâtres qui se font écraser sous les roues du char où est placée leur idole , qu'à l'intelligence pure et bienveillante offerte à nos adorations et à notre amour.
Cette crédulité implicite , cette immobilité, dans les dogmes, ce caractère stationnaire dans les croyances; toutes ces choses contre nature , qu'on recommande au nom de la religion, sont ce qu'il va de plus opposé au sentiment religieux. Qu'esta ce, en effet, que ce sentiment? Le besoin da.se raccrocher des êtres dont on invoque la protec-* tion. n est dans son essence d'essayer , pour se satisfaire, de chaque forme religieuse qu'il se crée, ou qu'on lui présente; mais il est aussi dans son essence , lorsque ces formes religieuses ne le sa^ tisfont plus , de les modifier démabière à ^i écar* ter ce qui le blesse. Le borner au présent qui ne lui suffit jamais , lui interdire cet élan vers l'avenir, auquel l'insuffisance du présent l'invite, c'est le
l58 DE tÂ.RELIGIOIf^
frapper de mort. Partout dû ile$t ainsi enchaîné v partout où il y a impossibilité de modifications, successiyes ^ il peut y avoir superstition ^ parce que la superstition est l'abnégation de Tintelligence; il peut y avoir fanatisme^ parce que le fanatisme est la superstition devenue furieuse : mais il ne saurait y avoir religion, parce que la religion est le résultat des besoins de Tame et des efforts de Tintelligence , et que des dogmes stationnaires mettent l'une et l'autre hors de la question.
Ce système n'exclut nullement ces communications surnaturelles, dont beaucoup d'esprits s'indignent , et qu'en secret tant de cœurs implorent. Que, par exemple, la notion du théisme ait apparu tout à coup comme un phénomène inexplicable au milieu d'une tribu ignorante , quand le sentiment religieux, égaré par des formes absurdes, ne pouvait se frayer une meilleure route; que, plus tard, un secours imprévu ait« aidé Tesprit humain , qui s'étant élevé jusqu'à l'unité , n'avait néanmoins pas la force de transformer cette idée abstraite en une doctrine animée et vivante, chacun peut le croire : cela ne change rien à ce que nous affirmons : la tendance existait, et le secours additionnel ne s'est exercé que conformément à cette tendance. Que l'homme ensuite, abandonné à lui-même, ait recommencé son travail suivant sa nature, qu'il se soit débattu autour de la grande découverte, qu'il lui ait donné des