LITRE XIII^ GUAPITRE III. I
serpine, dans k langue des Cabires, soient précisément les mêmes que ceux de la reine des enfers et de sa fille chez les Indiens , ne saurait être un effet du hasard (i). Les trois mots mystérieux avec lesquels , à la fin des grandes Éleusinies , on congédiait les initiés (2) , ces trois mots qui ont exercé depuis deux siècles la sagacité des savants (3), se trouvent être trois mots samscrits , dont le sens s'applique parfaitement aux cérémonies qu'on terminait en les prononçant (4).
Ainsi , plus nous pénétrons dans les antiquités de l'Inde , de cette contrée qui semble destinée à nous donner le mot de tant d'énigmes long-temp^ insolubles , plus nous apercevons , entre les religions sacerdotales et les mystères des Grecs, des conformités qu'il était impossible de reconnaître auparavant.
(1) Cérès, dans les mystères, Axieros; la reine des enfers, aux Indes, Asyoruca ; Proserpine, Axiocersa ; lu fille de la divinité indienne, Asjrotarscba. (As. l(es., p. 299-380.)
(2) Conx, Om, Pax.
(3) Lbclkrc, Bibliot. anÎT. VI, 74* Court db Gebe^ih, Mond<; prim. IV, 3^3.
(4) Le !•«•, xoy^ , samscrit, Cansha, signifie l'objet du désir j le a^, Dm , est le monosyllabe consacré , dont les Indiens se servent au commencement et à la fin de toutes leurs prières; le 3", itk^, samscrit , Pascha , signifie la Fortune : et il est à remarquer que les Étrusques plaçaient la Fortune parmi les Gabires. (Ssnv. ad .£n. II, 3a5.) Ce n'étaient pas les seuls mots étrangers transportés dans les mystèpes. Cbeutzer {III, 486) en cite plusieurs autres. On pourrait, dit-il, former une espèce de vocabulaire des expressions et des formules ainsi empruntées.
Enfin, le souTenîr des périls d'une traversée longue et incertaine devait suggérer aux navigateurs qui débarquaient en Grèce l'idée de réunions où ils célébreraient la mémoire des peines qu'ils avaient souffertes et supportées en commun , et rhistoire nous certifie que les étrangers, fondateurs des mystères, ajoutèrentà leurs réminiscences locales la commémoration des dangers inhérents aux navigations lointaines. L'un des Gabires avait découvert l'art de lutter contre les ondes (i) : les mystères de Samothrace avaient procuré aux Argonautes un refuge contre la tempête (2). Cette tradition est un vestige des expéditions orientales, ^amalgamant dans les récits avec les expéditions grecques. En mémoire de cette tradition, le grandprêtre recevait sur le rivage ceux qui voulaient se faire initier (3) ; et bien des siècles après, les mystères d'Isis pélasgique ou maritime se célébraient à Corinthe (4).
Les mystères ne furent donc primitivement, en Grèce comme dans les contrées où ils avaient pris naissance , que des cérémonies , à la participation desquelles les initiés étaient admis , sans recueillir de cette admission la connaissance d'aucune doctrine ou philosophie occulte ; mais graduellement ils changèrent de nature , et voici comment.
(i) Pliw. Hist. nal. IV, 23.
(a) Apollon. Argonaut, I, 915*918.
(3) Valeb. Flacc. I, 435-440.
(4) Pausan. Corint. 4. Apul. Metam., XI.